La ligne grise le long des plinthes, je la connais par cœur. Tous les robots aspirateurs passés chez moi ces dernières années l’ont laissée derrière eux, avec le tour des pieds de chaise, le dessous du radiateur et les angles de la cuisine. Résultat, je ressortais l’aspirateur balai derrière le robot, ce qui vide l’achat d’une partie de son sens.
Le MOVA V70 Ultra Complete attaque ce point précis. Il sort deux bras de son châssis : la serpillière se déporte jusqu’à 16 cm, la brossette latérale jusqu’à 12 cm. L’idée sent le gadget jusqu’au moment où on voit le patin filer sous un buffet où le robot ne rentre pas. À 1 399 €, il a intérêt à tenir ses promesses sur le reste aussi.
Installation et cartographie

La version Ultra Complete porte bien son nom. Dans le carton, en plus du robot et de la base : huit patins de serpillière, trois brosses rotatives en silicone, deux brossettes latérales MaxiReachX, deux filtres, un nettoyant multi-surfaces et un nettoyant spécial foyers avec animaux. MOVA chiffre ce pack à 169 € et l’offre pendant la période de lancement. De quoi tenir un bon semestre sans racheter le moindre consommable.

L’installation passe par l’application MOVAhome. On soulève le capot, on scanne le QR code, on donne le Wi-Fi (2,4 GHz uniquement), on lance la mise à jour du firmware et c’est plié. Dix minutes chez moi, mise à jour comprise, et la création du compte reste l’étape la plus pénible du lot.

La cartographie rapide se lance ensuite toute seule. Le télémètre laser monte et descend comme un périscope selon la hauteur disponible au-dessus du robot, et il n’a pas besoin de longer les murs au millimètre pour comprendre la pièce. Une dizaine de minutes pour l’ensemble du rez-de-chaussée. La carte sort propre, les pièces sont découpées correctement, le type de sol est reconnu tout seul.

Prenez le temps de peaufiner cette carte avant le premier vrai nettoyage, ça se rentabilise vite. Renommer les pièces sert à autre chose qu’à faire joli, le robot adapte son comportement selon qu’il se trouve dans une cuisine ou dans un couloir. L’éditeur accepte aussi l’ordre de passage, les zones interdites, les murs virtuels, les zones sans lavage, les seuils franchissables et les rampes. Sur une maison à étages, il faut créer une carte par niveau et porter le robot à la main, il ne monte pas les escaliers. Et si vous programmez un nettoyage, vérifiez que la bonne carte est sélectionnée dans l’application, sinon la tâche ne se déclenche pas.
MaxiReach : les deux bras extensibles, le vrai sujet

C’est la fonction qui justifie l’achat. Dès que le V70 détecte un bord, un angle ou un obstacle, il envoie son patin arrière droit sur le côté, jusqu’à 16 cm du châssis, pendant que la brossette latérale part à 12 cm. Les deux bras sont montés plus bas que le reste du robot, donc ils continuent à travailler sous un meuble dans lequel le robot ne rentre pas.
Trois situations que je connaissais par cœur ont changé chez moi. Le dessous des meubles bas : là où mes robots précédents s’arrêtaient net au bord du caisson, celui-ci envoie le patin 16 cm dessous et ramène la ligne de poussière avec lui. Les plinthes : le patin vient se caler contre le mur et avance tout du long, au lieu de laisser le millimètre habituel. Les pieds de chaise, enfin, où la brossette fait le tour de chaque pied pendant que le patin revient insister sur les saletés collées au ras des roulettes.

Filmé en gros plan, le comportement est édifiant. Le robot ralentit dès qu’il repère un angle, prend son temps, fait insister la rotative. Il récupère même les angles rendus inaccessibles par un montant de porte, ceux qu’on ne nettoie jamais sans se mettre à genoux. Sous le radiateur du salon, endroit que mes robots précédents contournaient sans complexe, la serpillière passe dessous.
Le patin se rétracte au moindre contact, donc il ne force sur rien et ne se coince pas. Je continue à passer l’aspirateur balai pour le dernier centimètre vraiment inatteignable, mais c’est devenu occasionnel au lieu d’être systématique.
Aspiration : 40 000 Pa qui se voient au sol

40 000 Pa, c’est la valeur la plus élevée annoncée à ce jour sur un robot. Les chiffres de dépression valent ce qu’ils valent, l’intérêt est de savoir ce que ça donne sur un sol sale.
Mon test des 100 g répond assez bien à la question. J’étale 100 g de saletés réalistes sur tapis et sol dur : sel, sucre, poussière, plastique, fruits à coque, gomme, moutons de poussière bien tassés. Le V70 en ramasse 95 g en 7 minutes, sur un seul cycle. C’est le haut du panier. Les grammes manquants viennent de deux bandes qu’il n’a pas parcourues, allez savoir pourquoi, et de microparticules éparpillées par la brossette latérale, défaut commun à tous les robots équipés de ce type de brosse.

Sur tapis, il relève ses patins de 10,5 mm, ou les dépose carrément à la base si on le lui demande, puis passe en pleine puissance. Il décroche ce qui est coincé dans les fibres, litière pour chat comprise, et c’est un bon indicateur parce que c’est ce qui résiste le plus. Le mode intensif multiplie les passages avec un maillage resserré. On peut aussi définir un programme par tapis, ce qui est rare : le tapis du salon en puissance max avec plusieurs passages, celui de l’entrée en mode doux sans serpillière.

Le système anti-enchevêtrement à double brosse fait le travail. Les deux rouleaux tournent en sens opposé et dirigent les cheveux vers l’extrémité, où ils partent dans le bac. Avec deux enfants à la maison, je récupère surtout des cheveux longs, et je n’ai pas trouvé d’amas enroulé sur les rouleaux après plusieurs sessions. La brossette latérale, elle, en attrape autour de son axe, et c’est le petit entretien manuel à prévoir.
Détail que j’aime beaucoup, et que je n’avais vu nulle part ailleurs : avant chaque vidange automatique, le robot fait tourner ses brosses principales pour décoller ce qui traîne dessus. Une ligne de code, un vrai gain.
Lavage : bon dans sa catégorie, pas magique
15 N de pression au sol et 300 tr/min, ce sont de très bons chiffres pour des patins rotatifs. Sur une tache fraîche, le résultat est net : sauce tomate et moutarde étalées au sol, un passage, puis un morceau d’essuie-tout frotté dessus pour vérifier. Humide, mais blanc.

Sur des taches plus variées, le tableau se nuance. Le ketchup frais part en quatre passages, avec quelques traces résiduelles. Le café renversé déclenche le mode intensif automatique : le robot se surélève pour ne pas salir ses brosses, injecte plus d’humidité dans les patins, traite une large zone autour de la tache puis rentre laver ses serpillières avant de reprendre son parcours. La tache d’huile lui a donné plus de fil à retordre et a nécessité un lavage des patins en cours de route, sans quoi il aurait étalé l’huile sur la moitié de la cuisine. Qu’il sache s’interrompre pour aller se nettoyer évite pas mal de dégâts.
Les taches sèches, en revanche, demandent un réglage. Avec l’humidité par défaut, le robot est passé sur une trace de sauce tomate de la veille sans s’en occuper. En poussant le curseur au maximum, il en est venu à bout. Mettez l’humidité à fond dès le départ, les niveaux intermédiaires laissent le sol trop peu mouillé pour décoller quoi que ce soit, et vous perdrez juste du temps à tester les crans intermédiaires comme je l’ai fait.

La limite du système est structurelle. Des patins rotatifs ne s’autonettoient pas en roulant, ils se chargent en saleté et finissent par redistribuer une partie de ce qu’ils ont ramassé. La fréquence de retour à la base, réglable, compense en bonne partie le phénomène sans le supprimer. Un système à rouleau reste supérieur en lavage pur, et c’est le seul reproche de fond que je fais à ce V70.
Navigation et obstacles
Le V70 reconnaît jusqu’à 300 objets du quotidien grâce à ses caméras et à son télémètre laser, avec une lampe frontale qui s’allume dans le noir ou sous un meuble. Je lui ai monté un parcours d’obstacles volontairement vicieux dans le couloir : lacets, câbles noirs, câbles blancs, chaussures, bidon, brique Lego. Il s’en sort très bien. Le câble blanc, pourtant le pire cas pour une caméra, a été vu et contourné à quelques millimètres, et la brossette est quand même allée chercher la poussière juste à côté.

Il ne voit pas tout. Des fils de fer très fins lui passent sous le nez, mais le capteur de contact à l’avant le fait changer de trajectoire sans casse. Une ville en Lego a suffi à le mettre en difficulté : il a avalé une brique avant que j’aie le temps d’intervenir. On bloque la zone dans l’application et le problème disparaît, mais avec des enfants, la première semaine demande un peu de surveillance.
La nouveauté que je n’ai encore vue sur aucun autre robot : on photographie un objet de chez soi et on l’ajoute soi-même à la liste des obstacles reconnus. La chaussure qui traîne toujours au même endroit, la gamelle du chien, le jouet en plastique qui revient tous les soirs. La fonction est encore étiquetée bêta et elle mérite d’être suivie de près.
Côté franchissement, les 9 cm annoncés méritent une précision. Le robot sort ses jambes et monte en deux temps, 4,5 cm puis 4,5 cm, façon escalier. Une marche verticale de 9 cm d’un seul tenant lui reste inaccessible. Sur des seuils de porte classiques de 2 à 4 cm, il passe sans ralentir et sans bruit, et c’est là que la fonction sert vraiment.
Deux pièges à connaître. Les rideaux qui touchent le sol, dans lesquels il peut s’emmêler, sauf si vous lui indiquez de les traverser ou de les éviter dans les réglages. Et les baies vitrées ouvertes, où il a une fâcheuse tendance à vouloir aller visiter le balcon alors qu’il l’a pourtant identifié comme tel. Déclarez la zone interdite avant de le laisser tourner en votre absence.
La base sans sac, la bonne surprise

Le bac à poussière EcoCyclone est rigide, sans sac, et MOVA l’annonce pour 100 jours avant vidange. On ouvre la trappe, on sort le bac, on le vide dans la poubelle et on le rince à l’eau claire. Il reste un filtre à nettoyer de temps en temps et à remplacer à l’occasion, donc le consommable n’a pas disparu, mais on arrête d’acheter des sacs propriétaires à 6 € pièce. Pour un appareil sorti en 2026, ça devrait être la norme partout.


Après chaque vidange, un ventilateur sèche le compartiment pour éviter les moisissures et les odeurs. Les patins sont lavés à l’eau chaude puis séchés à l’air chaud à 70 °C, avec un temps de séchage réglable sur une, deux ou trois heures. La planche de lavage passe à 100 °C. Après un nettoyage de terre particulièrement crade, les patins ressortaient noirs et la planche presque nette, alors que c’est habituellement le point faible de ces stations.

La base contient aussi deux compartiments à détergent, un pour le produit multi-usage, un pour le produit animaux, et l’application décide lequel utiliser et dans quelle proportion selon la pièce. On peut également n’en utiliser aucun.


Un conseil d’entretien qui vaut pour tous les robots laveurs : glissez une pastille désodorisante dans le réservoir d’eau sale. Oublié deux ou trois jours, ce réservoir devient franchement désagréable à ouvrir.
L’application MOVAhome

Elle est dense. Au premier lancement, la quantité de réglages a de quoi décourager quelqu’un qui découvre ce type d’appareil, et il m’a fallu une bonne demi-heure pour en faire le tour. Une fois dedans, la logique se tient et il ne manque à peu près rien.
Les réglages que je regarderais en premier : la fréquence de vidange automatique du bac, à pousser au maximum si vous avez des animaux, la température de lavage des patins, le séchage du bac à poussière, le comportement sur tapis (soulever les serpillières ou les déposer à la base) et le mode de franchissement des seuils, en synchronisé ou en escalier selon ce qui marche le mieux chez vous.
Le mode Genius Clean gère seul la puissance, l’humidité et le nombre de passages selon le sol et la saleté détectée. C’est le mode qui donne les meilleurs résultats bruts quand les sols sont vraiment sales. Pour l’entretien quotidien, les réglages de base suffisent.

Trois options désactivées par défaut méritent d’être cochées. Le nettoyage dynamique des zones obstruées, qui fait revenir le robot en fin de tâche sur les endroits où un obstacle mobile bloquait le passage, typiquement le chien couché dans le couloir ou le carton posé cinq minutes. Le nettoyage dans le sens du parquet, si vos lames ont une orientation marquée. Et les paramètres d’extension des bras, qu’il n’y a aucune raison de brider puisque c’est l’argument principal du robot.
Le pilotage à distance fonctionne aussi bien en 4G qu’en Wi-Fi, avec la vue caméra en direct, ce qui transforme accessoirement le robot en caméra mobile quand on est en vacances. Une section entière est consacrée aux animaux : distance de sécurité, évitement des déjections, photos, et même un petit vlog en GIF de la semaine. Amusant ou intrusif selon votre rapport à la vie privée, la fonction se désactive complètement.
Moins agréable, l’application consomme beaucoup de batterie sur le téléphone quand on regarde le robot travailler en direct. Ça arrive plus souvent qu’on ne l’admet les premiers jours.
Autonomie, bruit et entretien

La batterie de 6 400 mAh tient sans difficulté. Sur mon rez-de-chaussée d’une soixantaine de mètres carrés, nettoyage complet avec deux taches traitées en mode intensif, il rentre à la base avec plus de la moitié de charge. Sur une surface deux fois plus grande, il boucle encore l’ensemble sans coupure. Et si la charge tombe, il rentre, recharge et reprend là où il s’était arrêté.
Sur la vitesse de recharge, l’annonce et la réalité ne se recouvrent pas tout à fait. MOVA promet 30 % de mieux que la génération précédente, et un plein complet prend effectivement quelques heures. En revanche, quand le robot revient à sa base au milieu d’une session pour rincer ses patins, il ne récupère que 2 % environ, là où d’autres modèles en reprennent 10. Sur une très grande surface, ça rallonge la durée totale d’une session.
Le niveau sonore tourne autour de 65 dB. Tolérable, mais présent si vous travaillez à la maison. Le robot annonce aussi à voix haute tout ce qu’il fait, pratique en journée et à proscrire en programmation nocturne, sauf à vouloir faire peur à quelqu’un. Le séchage des serpillières produit un bruit de fond comparable à une tour d’ordinateur qui turbine, pendant une à trois heures selon le réglage, donc autant lancer le cycle quand vous sortez.
L’entretien manuel se résume à peu de chose : vider le bac à poussière tous les deux ou trois mois, rincer le filtre, vider le réservoir d’eau sale souvent, et retirer les cheveux enroulés sur la brossette latérale. Une petite séance par mois suffit à tenir l’ensemble propre.
Prix et disponibilité
Le MOVA V70 Ultra Complete est affiché à 1 399 €. La garantie de 3 ans avec un service après-vente européen fait partie de l’argumentaire de la marque. Sur un appareil de ce tarif et bourré d’électronique, ça compte.
Verdict
Le V70 Ultra Complete règle le problème qui m’agaçait le plus sur les robots aspirateurs : tout ce qui se trouve à moins de 10 cm d’un mur ou d’un pied de meuble. On voit les deux bras sortir, insister le long d’une plinthe, filer sous un caisson, et on voit la différence au sol derrière eux. Ajoutez 95 g ramassés sur 100 en un seul cycle, un bac sans sac, une base qui se nettoie toute seule et une application qui laisse régler à peu près tout, et vous obtenez l’un des robots les plus aboutis du moment. Chez moi, l’aspirateur balai ne sort plus que pour les petites urgences.
Côté lavage, il se range parmi les meilleurs robots à patins rotatifs. Les taches fraîches disparaissent en un passage, et pour les traces plus anciennes, il suffit de régler l’humidité au maximum pour qu’il en vienne à bout. Seuls les systèmes à rouleau vont un cran plus loin sur ce terrain précis. Quant au prix, 1 399 € reste une somme, mais entre le pack d’accessoires offert, l’absence de sacs à racheter et les trois ans de garantie, l’investissement se tient sur la durée. Si votre intérieur ressemble à un parcours d’obstacles fait de chaises, de plinthes et de caissons bas, le V70 Ultra Complete fait partie des meilleurs choix possibles aujourd’hui.
