Kiichi Miyazawa est un adolescent presque comme les autres, si ce n’est qu’il croit dur comme fer en son rêve : devenir une star de film d’action. Mais pour savoir jouer la baston, rien de vaut la pratique !
TOUGH – Derrière la violence, l’art de la violence
Kiichi aurait pu être un ado comme les autres, si seulement son père ne lui avait pas enseigné le Nadashinkage. Cet art martial peu connu est différent des autres, dans le sens où il existe exclusivement pour prendre la vie de son adversaire. Et à ce titre, tout est permis, à commencer par viser les points faibles de ses ennemis.
Bagarreur à l’extrême, Kiichi est considéré comme une petite frappe du quartier, n’hésitant pas à aller provoquer les groupes du coin. Gang, bosozoku, racaille, tout le monde y passe. Mais les combats faciles ont beau l’amuser, ils ne parviennent plus à tenir notre héros en haleine, malgré les différents coups tordus qu’il encaisse de front. Enfin, ça, c’était jusqu’à rencontrer Mitsuhide Kuroda, un lycéen sobrement surnommé Asura tant il est grand, puissant et impressionnant. Non seulement Kiichi voit en lui instantanément un adversaire de qualité, mais il se pourrait bien qu’ils soient également rivaux en amour. Toutefois, Mitsuhide n’a pas du tout l’intention de se battre. Notre héros parviendra-t-il à forcer l’affrontement ?

TOUGH est avant tout une légende du seinen qui fait évoluer le furyo vers un genre très à la mode à la fin des années 90 : les arts martiaux. L’idée ? On récupère l’humour, la simplicité, la puissance sentimentale, la violence et l’ambiance très brute, et on y ajoute une chorégraphie de combat plus étudiée. Fini les bourrins qui frappent aussi fort qu’ils sont stupides, ici, on vise les articulations et on utilise les points vitaux.
Kiichi Miyazawa, outre le rayonnement de sa simple force, est un garçon assez simple, qui n’a que deux axes d’avancer : d’un côté il veut aider ses amis, de l’autre il veut affronter des gens puissants. La morale, la bonne conduite ou même la politesse lui sont pour ainsi dire étrangers. De même, vivant avec son père et son grand-père, la présence de la gente féminine le rend assez nerveux, mais très sérieux sur le sujet, à l’instar d’un certain Taison Maeda de Rokudenashi Blues.

Au final, TOUGH nous propose une œuvre où on ne se prend pas la tête. Notre héros trouve toutes les excuses possibles pour se battre, si bien que ce n’est même plus une excuse scénaristique comme Masashi Kishimoto se plaisait à le faire dans Naruto. Ensuite, il n’y a plus qu’à se laisser porter par la violence d’un affrontement où chacun joue sa vie, comme sa mort.
TOUGH, c’est un manga écrit en 1993 par Saruwatari Tetsuya pour un total de 42 tomes. Publié en France en 1999 par Tonkam, la légende du seinen revient dans une réédition en 21 tomes chez Delcourt-Tonkam. Le premier tome est sorti le 10 Septembre 2025 et le second est prévu pour le 13 Novembre.
L’enfer et le Paradis de TOUGH
A mi-chemin entre l’esthétique très organique des années 80 et le dessin ultra précis à la mode dans les années 90, Saruwatari Tetsuya signe avec ce manga le fer de lance d’une nouvelle génération de seinen. Le charadesign se découpe en deux parties bien distinctes, d’un côté les héros, de l’autre tous les autres. Si ces seconds sont souvent un petit peu ridicules et volontairement exagérés, les premiers jouissent d’un mélange de style aussi simple qu’efficace. Parfois classe, parfois grotesque, mais toujours reconnaissables, ils marquent les esprits bien malgré eux, à l’image d’un certain Eikichi Onizuka né deux ans plus tôt dans Young GTO.

La gestion des trames se veut dans l’empreinte des années 80, avec assez peu de diversité, mais une très grosse maîtrise au niveau des personnages. De même, les trames de fonds sont assez nombreuses, mais souvent assez simples, se focalisant avant sur la localisation précise des héros dans l’espace. Enfin, s’il y a bien un point qui marque dans ce manga, c’est sa gestion des mouvements. Précis, chorégraphiés et presque cinématographiques, ceux-ci amènent le genre vers quelque chose de nouveau, plus dynamique que ses maîtres. Le découpage se veut classique et donne un rythme assez rapide, mais qui parvient à donner de l’importance aux scènes narratives malgré une omniprésence de combat. De ce point de vue, TOUGH, est véritablement surprenant.
Côté édition, Delcourt-Tonkam nous livre ici un double tome des plus classiques. Couverture sympathique, couverture cartonnée classique et bonne qualité de papier comme de reliure. Toutefois, à presque 16€, on aurait espéré un petit peu plus, et surtout pas de faute de frappe dès le rabat… Surtout quand Pika sort les magnifiques éditions de Rokudenashi Blues à tout juste 1 centime de plus…

Conclusion
Si vous Enfer et Paradis, Gunnm, City Hunter et autre Sun-Ken Rock n’ont pas de secret pour vous, alors vous êtes au bon endroit. TOUGH s’avère digne de sa légende et ne risque pas de vous décevoir, en bonne transition entre deux décennies qui ont particulièrement marqué l’histoire du manga.
Malgré une édition un peu faiblarde pour son prix, TOUGH est un véritable fleuron du seinen. Aussi violent que passionnant, ce manga affirme sa légende dès les premiers tomes, que ce soit par sa technique ou la puissance des émotions qu’il procure aux lectures les plus aguerris. Vivement la suite !
