Muku Shiroshika a eu une enfance flamboyante au sein de la campagne de Fukui. Mais avec les années, les choses ont changé. Les amis ont disparu avec l’espoir d’un avenir radieux et le quotidien s’empâte dans le passé… Est-ce qu’une retrouvaille pourrait enfin changer tout ça ?
Par-delà les neiges éternelles : gangrène de l’affirmation de soi
Muku a 21 ans. Alors qu’elle rentre chez-elle en train, elle tombe sur un curieux garçon, visiblement absorbé par son travail sur son ordinateur. Elle le trouve au début un petit peu effrayant, avant de finalement lui donner un coup de main. En la remerciant, ils commencent à discuter et se trouvent une passion commune pour la littérature, même si leurs avis divergent.

Mais à peine est-elle rentrée chez elle que la couleur de cette rencontre s’estompe. En effet, elle vit avec sa mère, sa grand-mère, sa petite sœur, ainsi que son grand-père très malade. Loin de rouler sur l’or, la famille s’en sort comme elle peut, comptant sur le travail de chacune pour s’en sortir. Seulement voilà, Muku a perdu son travail après avoir échoué lors de ses examens. Privée de sa porte de sortie principale, il ne lui reste plus qu’à s’occuper de sa famille et notamment de son grand-père, dont l’état nécessite un travail de professionnel.
Mais alors qu’elle pense se laisser sombrer petit à petit, ses deux amis d’enfance sonnent à la porte. Quelle n’est pas sa surprise de voir que le benjamin n’est autre que l’inconnu du train. Mais les deux frères remarquent immédiatement que cette famille n’est pas aussi bienveillante qu’elle le prétend et ouvre donc une porte de sortie à Muku. Celle-ci saisira-t-elle la chance qui lui est offerte d’enfin quitter sa famille pour vivre pour elle-même ?

De tous les enfers, l’un des pires est sûrement celui qu’on vit avec le sourire. Mais au milieu de neiges monochromes qu’on croirait éternelles et étouffantes, une fleur s’épanouit. Serait-elle celle de l’amour ? Les relations familiales sont complexes et bourrées de non-dit intrinsèques à l’histoire de chacun. Les différents liens peuvent vite devenir une prison selon la façon dont ils sont appelés. Le domicile, d’ordinaire lieu de repos, devient alors un lieu de labeur où l’individu s’efface au profit de quelques-uns qui invoquent haut et fort les valeurs de la famille.
Même la vertu, utilisée à l’extrême, peut-être une arme à double tranchant. Mais, Par-delà les neiges éternelles, l’espoir existe encore. Et c’est cette chance de reconstruction que Muku va devoir essayer de saisir, via la main tendue de Yûto et Saku. Une métaphore aussi poétique que glaciale, étonnamment très subtile pour le premier manga de Haruka Chizu, son auteur.
Par-delà les neiges éternelles est un manga écrit depuis 2023 pour un total de 4 tomes, sous la plume de Haruka Chizu. Le premier tome est sorti chez Delcourt-Tonkam, dans l’excellente collection Moonlight, le 22 janvier 2026. Le suivant est prévu pour le 9 Avril 2026.

Flocons d’ombre et de lumière
La grande force de ce manga, c’est sans conteste sa subtilité. En effet, Par-delà les neiges éternelles joue beaucoup avec les non-dits. Mais là où certains décident d’adopter un style très contrasté, ce titre fait ici le choix de rester inscrit dans le genre shojo, et de jouer sur de très fins détails pour faire passer les choses au travers d’un sourire. Ainsi, contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, la dominante est très claire, ne laissant l’obscurité qu’au fort intérieur de l’héroïne.
Le chara design est fin, jouant des boucles tout en évitant une complexité inutile. Le reste n’est plus qu’une affaire de trame, aussi nombreuses que maîtrisées. D’ailleurs, on notera que l’auteure semble apprécier changer de style pour ses illustrations. Les trames de fonds sont plutôt nombreuses pour un shojo, et savent être assez descriptives quand c’est nécessaire. Le cadre et la mise en scène parviennent à les faire oublier la majorité du temps. Le rythme est assez lent au début, mais s’accélère sitôt la situation initiale passée. Le découpage est plutôt original et très agréable à parcourir.
Côté édition, Delcourt-Tonkam fait dans le simple et l’efficace. Une couverture magnifique, une bonne qualité de papier et un titre d’excellente facture, le tout allié à une couverture cartonnée simple, mais de bon ton.

Conclusion
Si les histoires sociales vous intéressent, notamment celle de reconstruction de soi, alors vous êtes au bon endroit. En effet, Par-delà les neiges éternelles a beau être un shojo, la romance est pour le moment loin d’être mise au centre de l’histoire, ce qui le rapproche plus dans son approche d’un josei. Il n’en reste pas moins un excellent manga, d’autant plus pour une première œuvre reliée. Pour une série terminée en 4 tomes, pourquoi se priver ?
J’ai vraiment beaucoup aimé Par-delà les neiges éternelles. C’est un manga extrêmement touchant et qui parvient à rester subtil dans son approche, de la première à la dernière page. Un coup de cœur !
