Suzuran, dit l’école des corbeaux, est le pire établissement de la région. Il rassemble tous les yankees les plus incontrôlables, qui s’en donnent alors à cœur joie pour devenir le maître incontesté et incontestable du lycée. Mais un nouvel arrivant risque bien de rebattre les cartes.
Crows : fini les bruns, place au blond !
Bôya Harumichi est nouveau à Suzuran, mais alors qu’il n’est même pas encore arrivé, il se retrouve déjà pris dans une bagarre avec, à la clé, une partie de la dignité de Yasuda, martyr parmi tant d’autres au sein du lycée. S’il se fait latter en bon et du forme, il n’en reste pas moins particulièrement sûr de lui, il n’a peur de rien ni personne pour peu qu’on parle de baston. En effet, il attire très vite l’attention des gros bonnets du bahut grâce à ses quelques rencontres avec leurs vaillants soldats les plus agressifs, qu’il envoie dans le décor d’une seule droite. Il se retrouve dans une position entre marteau et enclume. D’un côté, le trio d’Ebizuka, avec qui il s’est déjà battu. De l’autre, le surpuissant clan Bandô, qui prend méthodiquement le temps de broyer chaque adversaire potentiel à son hégémonie. Qui choisira-t-il ? S’en sortira-t-il vivant ?

Les mois passent et il est dors et déjà bientôt temps de retrouver les bancs de l’école. Il en est de même pour notre ahuri blond, héritier de déjà plus d’une décennie de furyo, mais pas que. En effet, si Crows s’inscrit indéniablement dans le genre, il en est avant tout une déclinaison bien plus adaptée à son public en 1990. En effet, contrairement à d’autres œuvres de Takahashi Hiroshi, il injecte avec force, et souvent fracas, nombre d’éléments comiques, dédramatisant ainsi le héros. En effet, Bôya a beau être vu comme la bête noire pour beaucoup de ses camarades, son côté décalé le rend malgré tout très accessible et le fait régulièrement passer pour un débile profond. Par ailleurs, il ne s’arrête sur aucun art martiaux, aucune disciple et aucun sport, si bien qu’il est un total électron libre au milieu d’un champ de bataille qu’il ne comprend pas et qu’il ne veut pas comprendre. Si on passe difficilement au-dessus de l’aspect “porte uppercut” dans le premier tome, le second nous présente toutefois quelques personnages secondaires bien plus intéressants et construits, venant enfin intégrer l’émotion pure et violente si inhérente au genre furyo.
Crows est un manga écrit par Takahashi Hiroshi entre 1990 et 1998 pour un total de 26 tomes au Japon. A noter qu’on définit souvent qu’il s’agit de son premier manga alors que ce n’est pas le cas. En effet, il a commencé Hey! Riki en 1989, un seinen beaucoup plus sérieux et orienté autour du combat. Le magazine qui le pré publiait ayant fermé ses portes peu de temps après le début de la série, notre mangaka prendra un brusque virage shonen avec le présent ouvrage. D’ailleurs, celui-ci, à l’instar d’un autre dérivé de furyo bien connu, sera poursuivi dans d’autres autres œuvres, telles que Crows EXPLODE, Worst, Crows Gaiden Housenka, Kuzu!! ou encore Worst Gaiden. Il s’est également vu adapté en deux OAV en 1994 et possède 3 films qui s’inscrivent dans la saga : Crows Explode (2014), Crows ZERO (2007) et Crows ZERO II (2009). Quoi qu’il en soit, après avoir été boudé en France, comme la majorité des furyo, Crows débarque enfin chez Kana, avec les deux premiers tomes sortis le 27 Juin 2025. Le troisième est prévu pour le 12 Septembre 2025.

Racaille un jour, racaille toujours
Ni les furyo, ni le comic manga ne sont connus pour leur qualité graphique (quoi qu’il y a tout de même des exceptions). Il faut reconnaître que Crows en est un remarquable représentant. Son écriture est simple, privilégiant l’impact des scènes et le dynamisme des combats à tout autre élément du manga. Le charadesign est assez simple, jouant sur le ridicule des personnages et la différence du héros. Les trames sont également assez simples, même pour leur époque, préférant les traits pour les zones plus complexes. Les trames de fonds sont rares, mais de plutôt bonne facture. Le rythme se veut au début un petit peu hasardeux, nageant entre scènes comiques et bastons posées sur un élément de hasard, mais là encore, le second tome parvient à donner une structure déjà bien plus agréable à l’ensemble. Le découpage est classique et rendrait la plupart des scènes assez lente sans le dynamisme de la mise en scène.
Kana nous propose ici une excellente édition, aux couvertures et couvertures cartonnées bien choisies. On notera l’ajout d’un sticker métallisé dans chaque tome sur le premier tirage et de quelques pages de bonus de l’auteur. On remarquera également l’effort particulièrement important pour mettre en avant cette œuvre au cours des derniers mois, notamment à la dernière Japan Expo.

Toutefois, paraphraser Crows comme étant celui qui a défini les codes du furyo est un petit peu ambitieux. Le furyo est un genre qui existe depuis déjà bien longtemps, héritier de genres plus violents et anciens dans lesquels on peut inscrire le légendaire Ashita no Joe. Ainsi, le genre Furyo existe depuis les années 70, jouant souvent du contraste entre la violence et l’amour. Par extension, s’il fallait choisir une œuvre culte définissant les codes du furyo, auquel Crows se raccroche d’ailleurs, il serait sûrement plus objectif de se tourner vers le surpuissant Racaille Blues / Rokudenashi Blues de Morita Masanori, sorti 2 ans plus tôt. Par ailleurs, différents titres des années 80 avaient à leur tour adapté le genre pour y incorporer de l’humour, tels que BADBOYS ou Kyou Kara Ore Wa!!. Si Crows propose une définition très classique et fondamentale de ce que l’on pourrait appeler le “Comic Furyo”, plus proche du genre shonen que ses prédécesseurs, il se juxtapose toutefois avec la sortie de véritables mastodontes, dérivés eux aussi du furyo plus classique, tels que Slam Dunk ou encore Young GTO. Des titres qui se tournent eux aussi vers l’humour, le privant ainsi d’un potentiel titre de “fondateur”.

Conclusion
Crows est-il un manga pour vous ? Premièrement, je dois vous prévenir que pour juger de sa qualité, vous devez absolument lire les deux premiers tomes d’une traite. A partir de là, si le mélange humour et baston à la sauce Beelzebub vous plaît, mais que vous cherchez quelque chose de plus terre à terre, alors vous êtes au bon endroit. Si toutefois vous cherchez un furyo dans une déclinaison plus classique, plus pure, alors Rokudenashi Blues sera sans doute un meilleur choix.
Kana a mis les petits plats dans les grands pour mettre en avant Crows, un manga furyo, et rien que ça, c’est déjà fort louable. Toutefois, j’avoue qu’après avoir été bouleversé par l’écriture sévère et organique de Masanori dans Rokudenashi Blues, le côté décalé de Crows peine grandement à m’atteindre. Il fera toutefois une bonne porte d’entrée au genre, pour ceux qui seraient rebutés face à un cadre se passant dans les années 80 / 90.
