Tableau, Pitan, Baratchi et Marseau pourraient être de simples internautes comme les autres. Mais ils sont reliés par une envie commune : celle de mettre fin à leurs jours.
Black Paradox : Juste une mise au point
Enfin, pour eux, c’est le grand jour. Ils se retrouvent à la gare habillés en noir et se préparent à faire leur dernier voyage. Objectif : se rendre dans la forêt de la mort pour se suicider ensemble. Mais en discutant en chemin, ils remarquent que des évènements étranges les poursuivent inlassablement. En effet, Tableau voit son doppelgänger au loin depuis déjà quelque temps. Pitan, quant à lui, a vu petit à petit son double android le remplacer dans sa vie. Baratchi voit son double dans le miroir l’encourager à mourir. Depuis, la moitié de son visage se nécrose. Marceau, quant à elle, voit passer une voiture avec l’ensemble des doubles de ses compagnons pendant le voyage. Ses doutes laissent place à la certitude quand ce qui devait être son dernier repos se transforme en tentative d’assassinat. Elle comprend en tombant sur la voiture qu’elle a croisée plus tôt qu’elle est avec les doubles depuis le début. Mais la confiance de nos quatre internautes est brisée. Ainsi, quand ils tentent à nouveau la mort en avalant des cachets en grande quantité, seul Pitan les avale. Mais alors qu’il était bel et bien mort, il se relève et se met à vomir des pierres parfaitement sphériques d’un matériau inconnu. Dès lors, il n’est plus question de suicide. A eux la fortune et la conquête des confins de l’existence.

Junji Ito nous dévoile dans Black Paradox un autre pan de la turpitude humaine. En effet, face à l’espoir que représente la richesse et la célébrité, l’éthique, l’amitié, l’amour ou même le respect de l’autre ne pèsent pas bien lourd dans la balance. Une quête qui va les mener bien, vers quelque chose de toujours plus grisant et obscure. Black Paradox est loin d’être le manga de Junji Ito le plus orienté horreur. En effet, il s’agit bien plus d’un thriller psychologique aux fantasques déroutant que d’une descente aux enfers où la peur prédomine. A l’instar de l’exceptionnel Satoshi Kon, celui qu’on surnomme désormais le maître du manga d’horreur travaille son ambiance, pour la faire basculer doucement, mais sûrement, dans les ténèbres.
Black Paradox est un manga écrit par Junji Ito en 2009. Il est publié en France en 2012, puis le 2 Juillet 2025 dans une édition prestige par Delcourt-Tonkam.

Paranoïa Research
Côté dessin, Junji Ito nous propose ce qu’il fait de plus classique. Des charadesign bien choisi, mettant en avant les intentions des personnages, des traits fins, mais qui n’hésitent pas à accentuer les courbes ou même à assumer un côté “brouillon”. L’obscurité est omniprésente, mais assurée par un ensemble de traits plutôt qu’une simple utilisation de trame, réduite au minimum. Les noirs sont totalement uniformes et jouent beaucoup avec les contrastes. Enfin, les quelques trames sont bien choisies et souvent assez peu vues dans les manga plus récents. Une recette qui a déjà fait ses preuves et qui parvient sans peine, dans Black Paradox, à se décliner dans un registre plus psychologique et dérangeant. Le tout nous est servi avec un rythme d’abord très régulier, avant de laisser place à un crescendo pour la fin.
Côté édition, Delcourt-Tonkam n’a pas fait dans la demi-mesure. Une couverture rigide très bien illustré, excellente qualité de papier, et reliure de bonne facture, tout y est, si bien qu’on parvient à justifier son prix de 20€. On aurait toutefois apprécié un petit mot de l’auteur supplémentaire.

Conclusion
Si vous avez aimé Tomié, Spirale ou encore Sensor, alors vous êtes en terrain connu pour apprécier Black Paradox, même s’il est bien moins orienté horreur. Son côté dérangeant s’inscrit dans les années 2000 / 2010, jouant sur la psychologie, mais sans pour autant chercher à sortir de ce que l’on pourrait appeler le “Junji Ito Universe”. Si vous ne cherchez pas une approche moderne et plus tape à l’œil à la Happy Sugar Life, mais plutôt une sourde descente aux enfers à la Paranoïa Agent, alors vous êtes au bon endroit !
Je dois dire que parmi les œuvres de Junji Ito que j’ai lu, Black Paradox fait assurément partie de mes préférés. L’ambiance se referme petit à petit sur le lecteur, jusqu’à le déranger au point de frissonner, bien loin des effusions d’hémoglobine de beaucoup d’autres titres du genre.

