Test 007 First Light : le meilleur jeu James Bond jamais fait ?

par JulSa_

Quatorze ans qu’on attendait un vrai jeu James Bond digne de ce nom. Le dernier en date, 007 Legends, remonte à 2012 et personne n’en garde un souvenir impérissable. Cette fois, c’est IO Interactive, le studio derrière la saga Hitman, qui s’y colle. Et le résultat m’a tenu manette en main pendant une grosse vingtaine d’heures sans que je décroche une seconde. J’ai joué sur PC, je vous explique tout.

Le pari risqué d’un Bond qui débute à zéro

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Sur le papier, le projet sentait le casse-gueule. James Bond est un personnage vieux de plus de soixante-dix ans, avec un imaginaire ancré sur plusieurs générations, et parfois daté. Amazon MGM Studios a confié à IO Interactive une mission délicate : tout réécrire, sans s’appuyer sur un film existant. Sept ans de développement et un budget estimé autour de 200 millions de dollars plus tard, le studio livre une saga inédite, pas une adaptation.

L’intrigue démarre en Islande. Bond, simple militaire de la Royal Navy, part en reconnaissance et se retrouve seul survivant d’une attaque surprise. Le MI6 avait des intérêts sur place, repère le bonhomme, et l’intègre à son programme de formation des agents double zéro, sur l’île de Malte. C’est là qu’il croise ses futurs collègues, et surtout qu’il fait la connaissance des têtes connues de la licence : M, Q, Moneypenny, et un mentor nommé Greenway que je n’attendais pas et qui m’a vraiment marqué.

 

Ce premier niveau islandais sert de tutoriel, et c’est l’un des meilleurs que j’aie joués depuis longtemps. Une sorte de training montage géant qui pose le gameplay sans jamais lâcher le rythme. Dès l’intro, le générique de Lana Del Rey et le Gun Barrel tombent, et là, ça y est, on est dans un film 007. La bascule est immédiate.

Un jeu sublime, mais qui réclame du matériel

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Première chose qui saute aux yeux : c’est beau. Très beau même. J’ai lancé le jeu sur mon PC, toutes options poussées avec une carte récente, et le rendu de l’eau, des cheveux, des visages et des jeux de lumière m’a scotché plus d’une fois.

Le niveau au Vietnam restera dans ma mémoire un bon moment. Le travail sur l’eau, sa profondeur, le cycle jour/nuit pendant le chapitre, la végétation : j’ai refait la mission deux fois rien que pour m’y balader. Et ce ne sont pas que les grands décors qui sont soignés. Le jeu fourmille de détails à des endroits où personne ne regarde. À un moment, dans les locaux du MI6, j’ai zoomé sur une prise électrique murale anglaise, modélisée jusqu’aux trois trous réglementaires. C’est du détail qui ne sert à rien, sauf à montrer le niveau de soin.

 

Petit avertissement quand même, et il a son importance. Sur PC et PS5 Pro, le jeu déploie tout son potentiel, surtout sur les textures et la finition des cheveux. Sur PS5 classique, c’est un cran en dessous, et il faudra probablement choisir entre mode Qualité et mode Performance. Le jeu reste magnifique partout, mais l’écart entre les plateformes existe. Si vous jouez sur PC avec une config musclée, vous êtes au bon endroit.

Quand le savoir-faire d’Hitman se met au service de 007

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Manette en main, on reconnaît tout de suite la patte d’IO Interactive. L’ombre de l’agent 47 plane sur Bond, mais juste un peu. Ici, l’infiltration ne consiste pas à planquer des cadavres ou à se déguiser en permanence. Bond utilise l’environnement pour atteindre son objectif, en général entrer dans une zone interdite : voler un badge, se faire passer pour un journaliste, forcer un passage discrètement.

Là où le jeu m’a séduit, c’est dans le détail. Bond peut allumer une radio ou un aspirateur pour créer une diversion, saboter un appareil, écouter des conversations pour récupérer une info. Et il dispose de la panoplie de gadgets sortie du cerveau de Q : une montre qui pirate n’importe quel appareil électronique, un téléphone qui tire des fléchettes pour incommoder une cible, des écouteurs qui balancent un flash aveuglant, un appareil photo qui envoie des ondes de choc. La liste est longue et donne envie de tester chaque approche.

 

Un point que j’ai trouvé futé : les gadgets ne sont pas illimités. Chacun se recharge selon sa nature, électrique ou chimique, et Bond doit piquer de la batterie sur les smartphones qui traînent ou des produits dans les placards à ménage. La manip est un peu particulière au début. Je l’ai même trouvée pénible pendant la première heure. Et puis on s’y fait, surtout dans le feu de l’action, et au final j’ai aimé l’idée que les ressources de Bond ne soient pas infinies. Ça force à réfléchir avant de cramer son meilleur gadget sur un garde sans intérêt.

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Le permis de tuer, ce vrai bon trouvé de game design

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Voilà la trouvaille qui distingue vraiment First Light d’un Hitman classique. Bond, à 26 ans, n’est pas encore agent double zéro. Il n’a donc pas son permis de tuer. Concrètement, il ne peut pas dégainer son arme quand il veut. Ce sont les événements qui décident : quand sa vie est menacée par une arme pointée sur lui, et seulement à ce moment-là, il peut riposter et abattre ses assaillants.

C’est cohérent avec le récit (le permis de tuer s’obtient avec le statut de 00, que Bond va décrocher au fil de l’aventure) et ça change la façon de jouer. La plupart du temps, on privilégie le corps à corps. Et ces combats à mains nues sont un régal. On attrape un ennemi, on lui fracasse la tête contre une imprimante, un panneau électrique, le coin d’un mur. On le balance contre une vitrine, on le désarme, on lui colle un objet de bureau en pleine figure, on finit par un finish move. Le système m’a rappelé Sifu pour le rythme et Sleeping Dogs pour la brutalité de l’environnement. Quand on est dépassé en nombre, il faut alterner parades et esquives, et c’est là que ça devient vraiment grisant.

 

Les fusillades arrivent en dernier recours, généralement lors du climax de chaque niveau. Et elles assurent. Le son des tirs est impeccable, on sent la différence entre les armes, la visée se prend en main facilement. Comme les munitions sont volontairement chiches, on est obligé de récupérer les flingues des ennemis abattus et de switcher en permanence. Mon plus grand plaisir : étendre un type, faire voler son arme avec le pied pour la rattraper, et mitrailler tout ce qui bouge ensuite.

Une histoire qui parle de 2026

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Là où le scénario m’a surpris, c’est dans son ancrage moderne. Comme le studio réécrivait les débuts du personnage, il pouvait coller son intrigue à l’actualité. Il est donc question d’une intelligence artificielle assez puissante pour équiper et guider les missions du MI6. Jusqu’à ce que cette IA montre de sérieuses failles. Que se passe-t-il quand l’une des plus grandes agences d’espionnage du monde se fait avoir par la techno censée l’aider ? Et à qui profite le crime ?

Le truc malin, c’est que cette menace redéfinit ce que Bond représente. Face à des systèmes algorithmiques qui prétendent tout anticiper, un espion né il y a soixante-dix ans devient le grain de sable imprévisible qui fait dérailler la machine. Il est imparfait, humain, et c’est précisément ce qui le rend indispensable. J’ai trouvé l’idée plus fine que ce que j’attendais d’un jeu grand public, avec des relents de Minority Report en arrière-plan.

 

Côté personnages, le casting tient la route, du côté des alliés comme des antagonistes. Patrick Gibson campe un Bond crédible, jeune, insolent, avec ce flegme qui colle au rôle. Et le grand méchant dégage un charisme fou, même s’il a tendance à en faire un peu trop par moments. Mention spéciale aux personnages féminins, qui existent au-delà du simple statut de James Bond Girl. Sans spoiler, sachez que tout le monde ne ressort pas indemne de cette aventure, et que l’ennemi final n’est pas toujours celui que le jeu cherche à vous vendre.

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Les cinématiques sont du même niveau que le reste. La motion capture est bluffante, les dialogues fusent, et certaines scènes basculent en QTE avec un vrai sens du spectacle : un saut d’avion sans parachute au-dessus de la Slovaquie, une course-poursuite avec un sniper sur les toits de Londres, une bagarre dans un avion où on peut faire tanguer l’appareil pour envoyer valdinguer les ennemis. On pense à Uncharted, on pense à un bon Tom Cruise. Le thème original de Bond n’est jamais très loin dans les oreilles.

La structure des missions et la rejouabilité

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Chaque niveau suit grosso modo le même schéma : une première partie tournée vers l’investigation et les interactions sociales, puis une seconde plus musclée, infiltration et action. Aucun ventre mou, l’aventure reste prenante du début à la fin. Il m’a fallu un peu moins de trente heures pour tout faire en prenant mon temps, mais comptez plutôt 20 à 22 heures pour boucler l’intrigue principale.

 

Et ce n’est pas fini après le générique. Comme dans Hitman, on peut rejouer les missions pour tenter une nouvelle approche. Il y a des défis par niveau. Et surtout, le jeu introduit le mode TacSim, un simulateur de missions du MI6 qui permet de rejouer les niveaux avec des modificateurs : plus d’ennemis, moins de gadgets, riposte renforcée. L’objectif, c’est la complétion à 100 %, pour débloquer toutes les tenues, les armes et les gadgets, ainsi que leurs variantes de couleurs. Un mode Protocole Valhalla est aussi annoncé, où on pourra enfin conduire l’Aston Martin Valhalla revisitée par Q en machine de guerre.

Ce qui m’a un peu agacé

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Soyons honnêtes, tout n’est pas parfait. L’IA ennemie m’a fait lever les yeux au ciel plusieurs fois. En phase d’infiltration, elle est capable de ne pas entendre Bond étaler un collègue à trois mètres, alors qu’on ne fait pas dans la dentelle quand on neutralise quelqu’un. C’est un grand classique du genre, mais ça reste dommage. En revanche, dès qu’elle vous repère, elle devient redoutable, ne reste pas plantée bêtement et cherche à vous contourner. Donc le défaut a au moins le mérite de laisser de la marge au joueur pour s’amuser.

Le côté dirigiste m’a aussi parfois pesé. First Light promet de l’improvisation, et c’est vrai dans une certaine mesure (plusieurs chemins, plusieurs approches), mais chaque situation reste un script bien balisé par les développeurs. On suit l’un des chemins tracés, pas plus. Le jeu assume ce choix (Bond n’est pas l’agent 47, il a des règles à respecter), mais ceux qui cherchent la liberté totale d’un Dishonored ou le bac à sable d’un Hitman tomberont de haut.

 

L’absence de doublage français m’a aussi gêné, plus que je ne l’aurais cru. Lire les sous-titres au calme passe encore, mais en plein gunfight ou pendant une course-poursuite, on a vite fait de rater une ligne de dialogue parce qu’on a les yeux rivés sur l’action. Et il n’y a pas de moyen de relire un passage manqué, pas de backlog des conversations pour revenir en arrière. Du coup, certains échanges m’ont filé entre les doigts alors qu’ils participaient à l’ambiance. Dommage pour une adaptation qui se veut grand public.

Conclusion

007 First Light est le meilleur jeu James Bond jamais sorti, et de loin. IO Interactive a relevé un pari que beaucoup pensaient perdu d’avance : prendre les bases d’Hitman, les adapter à un espion qui n’est pas un tueur, et y greffer une narration digne des grands films de la saga. Le résultat est beau, prenant, parfaitement rythmé, et fidèle à l’ADN du personnage. Oui, c’est dirigiste. Oui, l’IA ennemie a parfois la vue basse. Mais j’ai passé un excellent moment du début à la fin, comme devant un bon film 007. Et franchement, c’est exactement ce que je venais chercher. Sérieux candidat au jeu de l’année, même si un certain GTA 6 a son mot à dire cet automne.

 

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