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[Cinéma] Avis / Critique : Star Wars VIII, l'incompris

[Cinéma] Avis / Critique : Star Wars VIII, l’incompris
DrCalcifer

 

 

 

 

Les Derniers Jedi, film de Rian Johnson, date de sortie au cinéma: 13 décembre 2017

(Attention, des spoilers sont présents dans l’article)

 

Ce n’est pas une surprise, beaucoup de fans sont très conservateurs. En fin de compte la plupart veulent retrouver dans chaque épisode la même chose mais pas trop. Quelques petits changements par-ci par-là, mais rien qui ne doit réellement bousculer leurs repères. C’est une chose qu’on peut comprendre. Mais au fond, The Last Jedi représente t-il un bouleversement au point de parler d’une trahison au travail de JJ Abrams ou pire, à l’esprit de la saga Star Wars? Rien n’est moins sûr ! Parlons un peu des éléments qui fâchent quelques personnes au point de demander une pétition pour l’annulation pure et simple de cet épisode.

Récapitulons les principaux reproches que font certains fans 

 

Faire table rase du passé en « supprimant » les Jedi et les Sith

 

Un sacrilège pour la plupart des adorateurs da la saga Star Wars. Une hérésie qui ne respecterait pas la mythologie mise en place par George Lucas et constituerait donc un affront à l’esprit de la saga. Comment Star Wars pourrait se passer des Jedi et des Sith ? Quelle idée scandaleuse ! 

Et pourtant… Rian Johnson, le réalisateur, n’a fait que suivre l’évolution logique d’une galaxie qui ne comportait déjà presque plus ni de Jedi, ni de Sith, il suffit de revoir les épisodes IV, V, VI et même VII pour s’en convaincre. Les Sith se sont éteints avec la mort de Dark Vador. Luke a voulu former une nouvelle génération de Jedi, ce fut un échec. Dont acte. Est-ce que cela signifie la fin d’une confrontation entre le côté lumineux et le côté obscur de la Force ? Certainement pas, cette opposition peut tout à fait prendre une autre forme que le conflit Jedi/Sith. De plus, il se pourrait même qu’à l’avenir, quelques nuances bienvenues soient apportées dans cette vision manichéenne du bien contre le mal, c’est une piste lancée (mais non développée) par Les Derniers Jedi. Il suffit juste d’attendre un peu et de voir comment la franchise Star Wars se développe.

 

L’origine de Rey et sa formation

Voilà un point qui est très intéressant. Je lis souvent cet argument « Le réalisateur a fait exprès de ne pas céder aux attentes des fans pour surprendre le spectateur à tout prix« . C’est peut-être en partie vrai mais je crois que c’est un peu plus compliqué: l’identité de Rey est un élément très révélateur qui entre en résonance avec notre époque ! Une époque dans laquelle les héros ne deviennent pas des héros par leurs naissances, leurs héritages biologiques. Ils ne sont pas des élus et ne sont pas prédestinés à devenir la figure messianique (je vous encourage à lire cet intéressant article de SyFantasy.) C’est ce qu’à voulu exprimer Rian Johnson avec Les Derniers Jedi, se détacher de plus en plus de la figure messianique non seulement avec Rey mais également à la fin du film avec le petit garçon inconnu qui s’empare de son balai grâce au pouvoir de la Force. Cette idée du réalisateur est précisément le reflet de notre monde: une époque où les icônes et les repères de l’ancien monde disparaissent progressivement, une époque faite d’incertitudes et de doutes et dans laquelle il n’y a pas de sauveur. En fin de compte, tous les épisodes Star Wars parlent d’une époque bien spécifique (par exemple les épisodes I-II-III représentent bien le début des années 2000 avec les failles et les doutes de nos démocraties occidentales).

Ensuite, un point qui repose, je pense, sur un malentendu: la formation de Rey. Peut-être que certains spectateurs s’attendaient à un entraînement intensif, avec des combats au sabre laser entre Rey et Luke et des cabrioles dans tous les sens comme dans la prélogie. Sauf que la maîtrise de la Force ne passe pas simplement par un entraînement physique, c’est avant tout quelque chose d’intérieur, de spirituel. On touche à l’aspect mystique de Star Wars; la Force est un élément quasi religieux. Dans L’Empire contre-attaque, alors qu’il est en plein entrainement, Luke arrive presque à faire léviter un énorme X-Wing mais échoue. Rey, à la fin des Derniers Jedi, fait léviter des rochers. La différence entre les deux personnages ? La force de conviction ! Luke « n’arrive pas à y croire » (c’est lui-même qui le dit) lorsque Yoda fait déplacer le vaisseau grâce à la Force. Yoda lui répond « voilà pourquoi tu échoues ». Luke est en plein doute et connaît donc l’échec.
A la fin des Derniers Jedi, Rey, contrairement à Luke dans l’Empire contre-attaque, y croit et parvient à réaliser l’impossible pour sauver la résistance. Elle ne doute pas, elle agit parce qu’elle a des convictions fortes.
Est-ce que cela signifie que Rey est plus puissante que Luke ou que sa formation est terminée ? Bien sûr que non, elle réalise cet exploit à un instant T mais le chemin à faire avant d’achever sa maîtrise de la Force est encore long et elle le sait. C’est pourquoi elle décide de prendre les derniers livres des Jedi que Luke conservait sur son île pour poursuivre sa formation.

Kylo Ren

Un personnage qui fait également débat. Un antagoniste moins charismatique que Vador mais bien plus intéressant que lui et j’assume pleinement ce que j’écris. Anakin Skywalker est passé du côté obscur pour une raison que je considère comme… idiote et puérile. Ainsi, je trouve que c’est plutôt du côté de la prélogie qu’un mythe s’effondre : celui de Vador qui n’était finalement qu’un gamin désaxé, incapable de passer à l’âge adulte. Kylo est différent parce que son évolution est traité d’une autre façon. Il n’est qu’un ado paumé qui se cherche dans SW7. Mais pas dans le 8, il commence enfin à s’assumer avec ses névroses. Son passage total vers le côté obscur ne se fait pas en une fraction de seconde, et Kylo décide de basculer complètement…par choix ! Il n’est plus la marionnette d’une volonté extérieure comme ce fut le cas pour Vador, Kylo devient ce qu’il voulait être et se construit luimême.
Voilà un élément que je trouve très réussi et passionnant à voir, bien plus que la crise d’adolescence d’Anakin.

Snoke

Oui, nous ne connaissons pas son origine à l’exception du fait qu’il n’est pas un Sith. Oui c’est frustrant. Est-ce une nouveauté dans la saga Star Wars de ne pas connaître le passé d’un personnage? Non ! Avant la prélogie, nous ne connaissions rien de l’Empereur dans les épisodes V et VI (et les épisodes I, II et III ne nous en apprennent guère plus, juste l’ascension d’un homme politique/Sith dans une république corrompue). Il s’agissait d’un empereur maléfique, mentor de Vador. Point. Quant à Snoke, peut-être que des informations seront dévoilées sur lui dans SW9. Ou peut-être pas. Quoi qu’il en soit, il n’avait visiblement pas autant d’importance que cela . Est-ce un mal ? Pas pour moi, j’aimais ce personnage mais je le trouvais malgré tout trop classique, une sorte d’Empereur Palpatine 2.0. Réitérer le schéma du vieux méchant surpuissant n’était, à mon sens, pas très intéressant

L’humour

Disney aurait rendu Star Wars infantile par un humour trop présent durant le film. Je suis d’accord pour dire que les petites blagues sont un peu lourdes. Qu’elles sont parfois inappropriées dans certaines situations pourtant dramatiques. Mais l’honnêteté m’oblige à vous dire (que je ne suis pas socialis…ah non désolé) que SW8 reste INFINIMENT plus mature que les épisodes I et II (pourtant il s’agit des films de George Lucas, Disney n’y est pour rien). Rappelez-vous de l’épisode I et de Jar JarLa Menace Fantôme est dans ce type d’humour en permanence. Pas The Last Jedi qui sait arrêter les pitreries et n’a pas cet esprit infantile.

 

Luke

Le personnage que j’ai adoré dans le film et qui, contrairement à ce que j’ai pu lire, a un comportement tout à fait logique en tant qu’ermite dépressif et désabusé. Luke a perdu sur tous les plans, il n’a pas réussi à instaurer un nouvel ordre Jedi et son neveu est passé du mauvais côté. Sa volonté de s’isoler et d’en finir avec les Jedi est totalement compréhensible et légitime. Il se fait pourtant violence et donne des conseils à Rey plus qu’il ne la forme réellement, parce qu’il est foncièrement bon et souhaite malgré tout apporter une aide à la résistance contre le Premier Ordre. Un personnage qui ira jusqu’à la mort, ultime acte héroïque, pour ses alliés. Ainsi, on peut rapprocher Luke de certaines figures mythiques des œuvres de la tragédie Grecque, notamment celles d’Euripide.

Le capitaine Phasma

Un personnage qui se révèle sans background. Là encore, ce n’est pas une nouveauté dans l’univers Star Wars. On ne connaissait rien de Boba Fett non plus dans les épisodes V et VI. Personnellement ça ne me gêne pas particulièrement et sa mort (?) ne m’a pas choqué. 

Bien entendu le film n’est pas exempts de défauts, quelques séquences longues qui n’apportent rien à l’intrigue, la scène de Leia dans l’espace (RIP Carrie Fisher) qui parait un peu « too much » (mais en ce qui concerne les scènes « ridicules » la prélogie en est bien pourvue aussi, ce n’est pas exclusif à l’épisode VIII) une romance assez incompréhensible entre deux personnages… Et je me pose encore des questions, notamment sur les Chevaliers de Ren qui n’apparaissent toujours pas dans cet épisode VIII. Mais je tenais à le défendre face à la virulence de certains. Pas pour entrer dans un rôle de chevalier blanc. Mais parce que j’ai aimé The Last Jedi. Maintenant je peux comprendre les déceptions mais je pense qu’il faut rester raisonnable, ce n’est pas la fin du monde. Personnellement j’ai été extrêmement déçu par La Menace Fantôme à l’époque de sa sortie (aujourd’hui, j’arrive à l’accepter) mais je ne suis pas parti en croisade contre George Lucas pour autant. Si votre vision personnelle de ce que doit être Star Wars ne correspond pas à celle de Rian Johnson, c’est dommage mais cela ne fait pas de The Last Jedi un mauvais épisode ou un mauvais film pour autant.

L‘avenir de la saga est encore bien mystérieux, je pense que le plus sage est d’attendre pour voir ce qu’il nous réserve.

Pour Conclure

7.5

sur 10

En attendant, ce Star Wars 8 reste un bon épisode, dont l'esprit est finalement plus proche de la trilogie que de la prélogie. Original, proposant des séquences épiques (la bataille spatiale au début du film est excellente), des personnages plus intéressants que dans le précédent à l'exception du général Hux et du capitaine Phasma et des plans parmi les plus beaux de la saga en particulier durant la seconde partie sur la planète Crait. Rian Johnson n'a, en aucun cas, fait preuve d'irrespect à l'œuvre de George Lucas, ni même au travail de JJ Abrams. Il a réalisé un bon Star Wars qui, sans atteindre la qualité des épisodes de la trilogie à cause de quelques maladresses, reste supérieur aux deux premiers opus de la prélogie. Avec le temps, The Last Jedi sera, je l'espère, réhabilité. Star Wars n'est pas mort !