La guerre. Une activité à laquelle l’humanité s’adonne depuis le début de sa civilisation et qui voit professionnelle comme civile affronter la mort pour le compte d’une idée plus ambitieuse. C’est au milieu des morts de la guerre du Vietnam et des incidents qui secouent le territoire africain que Jed Goshi, ressortissant japonais au service des états-unis, puis mercenaire, devient l’un des professionnels de la guerre les plus prisés du milieu.
Pineapple Army : Fullmetal Goshi
Jed Goshi, en tant que soldat émérite au cours des années 70, se retrouve à devenir l’un des mercenaires les plus en vue du marché international. Spécialiste en tactique militaire, en piège et en explosif, les contrats pleuvent pour qui a les moyens de s’offrir ses services. Toutefois, Goshi choisit de tourner le dos à un présent sous les balles pour se recycler comme instructeur militaire. Mais apprendre à des civiles à se battre n’est pas toujours de tout repos, surtout quand ceux-ci cherchent à affronter des organisations surpuissantes. S’il se voit comme un élément totalement extérieur à tout cela, il se retrouve parfois à donner un coup de main… Mais fera-t-il un jour la mission de trop ?

Les titres de longues haleines accompagnant le secteur militaire ou criminel ne sont pas particulièrement une chose rare au cours des années 80. On citera par exemple le grand City Hunter de Tsukasa Hojo, ou encore Crying Freeman de Kazuo Koike et Ryôichi Ikegami. Toutefois, Pineapple Army choisit de présenter son héros d’une façon très différente. A la différence d’un Ryo Saeba (Nicky Larson), guerrier aussi efficace que fiable, Jed Goshi n’est pas un surhomme. S’il fait de son mieux, il lui arrive bien des fois de faire des erreurs, d’avoir des regrets ou même d’être blessé au combat. Aussi reconnu qu’il soit dans le métier, notre héros est définitivement un simple humain qui a particulièrement conscience de ce fait. Dès lors, son expérience lui permet de savoir quand il doit se focaliser sur la mission et quand il doit se concentrer sur sa survie. Par ailleurs, il voit les implications de ses clients d’un point de vue suffisamment extérieur pour avoir un avis détaché de tout jugement, ce qui, quand on est rattaché à des affaires internationales assez pointu, est un atout indéniable. En effet, c’est quelqu’un de cosmopolite, jouant souvent les vagabonds entre les États-Unis et l’Europe, notamment l’Allemagne, variant ainsi les contextes politiques. Une façon originale et très bien trouvée de produire une image des tensions géopolitiques d’une époque dont on oublie trop souvent les dangers, entre système soviétique branlant, acharnement américain ou encore début de l’organisation du terrorisme à l’échelle mondial. Mais une ligne rouge semble relier les différentes missions de Jed Goshi…

Pineapple Army est un manga scénarisé par Kudou Kazuya et dessiné par Naoki Urasawa (Yawara!, Monster, 20th Century Boys…) entre 1986 et 1988 pour un total de 10 tomes. Une première édition est tenté par Glénat en 1998, mais abandonné après un seul premier tome. C’est aujourd’hui Kana qui reprend le flambeau en proposant ce manga en 3 tomes, sortis le 27 Septembre 2024, 6 Décembre 2024 et 6 Juin 2025, le tout en grand format dans la collection Sensei.
Les prémices de Keaton ou Monster ?
Côté dessin, nous avons bien sur Naoki Urasawa, qui n’a même pas encore sorti le manga qui lancera sa carrière : Yawara!. Toutefois, tous les éléments de ce qui rendra son style inimitable sont présents. Un charadesign simple, qui ne cherche pas particulièrement à rendre ses personnages beaux, un trait qui emprunte quelques expressions à la bande dessinée européenne, une utilisation très minutieuse des trames et des trames de fonds plus ou moins complètes et omniprésentes. Mais si ces éléments font déjà de ses œuvres un bon manga, il y a réellement un élément qui fait passer son travail à une autre dimension : la narration. Ne vous y trompez pas, ce n’est pas parce que Pineapple Army tourne autour du monde militaire qu’il s’articule uniquement autour de l’action. Bien au contraire, le texte y est omniprésent, très écrit et force le lecteur à comprendre ce qui se passe dans sa totalité, et non à se focaliser sur l’action. Les scènes s’enchaînent ainsi naturellement, incluant totalement le lecteur dans les évènements. Vous ne suivez pas de simples personnages mis en scènes, vous y êtes ! Ils sont là, ils vous parlent et sont plus vivants que jamais. Une qualité de narration aussi unique que remarquable et qui fera particulièrement sa renommée quelques années plus tard dans Monster et 20th Century Boys.

Côté édition, Kana n’y va pas avec le dos de la cuillère. Les tomes sont massifs, de belles tailles et d’excellentes factures. Ils remplacent à eux 3 les 10 tomes d’origine, ce qui rend leur prix de 18€95 pièce plus qu’acceptable étant donné la qualité de l’œuvre.
Conclusion
Vous aimez l’histoire ? Vous êtes curieux du monde militaire ? Vous êtes fan de Naoki Urasawa ? Vous aimez tout simplement les excellents seinen à la narration divinement dirigée ? Il y a décidément plus d’une excuse pour se lancer dans Pineapple Army ! Un choix qui ne peut s’avérer que judicieux !
Vous l’aurez compris, j’ai particulièrement apprécié ma lecture de Pineapple Army. On y découvre les prémices du génie de la narration, Naoki Urasawa, et de tout un pan de l’histoire des années 70 / 80 que l’on oublie bien trop souvent. 3 tomes à dévorer d’urgence !

