Une caméra thermique qui tient dans la main, se branche sur l’USB-C du téléphone et se passe de batterie. La Thermal Master P3 mise sur un argument que ses rivales à focale fixe n’ont pas : une vraie bague de mise au point manuelle. Voici ce que j’en ai tiré après plusieurs sessions.
Fiche technique
| Caractéristique | Valeur |
|---|---|
| Capteur | VOx 256 x 192 pixels, pas de 12 µm |
| Résolution traitée (X³ IR) | 512 x 384 pixels |
| Sensibilité (NETD) | < 35 mK |
| Plage de mesure | -20 à 600 °C |
| Précision | ± 2 °C ou ± 2 % |
| Rafraîchissement | 25 Hz |
| Champ de vision | 40° x 30,2° |
| Focale | 4,3 mm, mise au point manuelle de 8 mm à 80 m |
| Connectique | USB-C, adaptateur Lightning fourni |
| Consommation | 0,32 W, alimentée par le téléphone |
| Compatibilité | Android 8.0+, iOS 13+, Windows |
| Dimensions et poids | 59 x 27 x 17,2 mm, 26,3 g |
Prise en main : 26 grammes d’alliage


Dans la boîte : la caméra, une pochette rigide zippée, un adaptateur USB-C vers Lightning pour les iPhone d’avant la série 15, une rallonge USB-C/USB-A de 45 cm et un guide de démarrage. Une carte avec QR code permet d’étendre la garantie à trois ans.
Le boîtier en alliage noir mat ne montre aucun jeu et la bague tourne avec une résistance bien dosée. J’ai apprécié le connecteur USB-C légèrement rallongé, qui m’évite de retirer ma coque à chaque utilisation.
Deux reproches, tous les deux dans l’accessoirisation. La pochette n’accepte pas la rallonge en même temps que la caméra, il faut forcer. Et le capteur reste à nu, sans bouchon d’objectif, ce qui rend cette pochette obligatoire dans une caisse à outils. Surtout, aucun filetage pour trépied n’est prévu. Sur téléphone on s’en passe, mais dès qu’on branche la caméra sur un PC avec la rallonge, elle pend au bout de son câble et il faut la tenir d’une main tout en réglant la netteté de l’autre.
La bague de mise au point, l’argument qui compte

Sur les modules concurrents à focale fixe, il faut clipser une lentille macro et se placer pile à la bonne distance. Trop près, c’est flou. Trop loin aussi.
Ici, deux tours de bague couvrent toute la plage, de 8 mm à environ 80 mètres. Je me place où je veux, je tourne jusqu’à ce que ce soit net, et c’est fini. Cette liberté vaut autant que la netteté elle-même : quand on tient une pointe de touche dans une main et la caméra dans l’autre, choisir sa distance de travail évite les positions acrobatiques.
X³ IR : ce que ça apporte vraiment

Le capteur physique fait 256 x 192 pixels. Les 512 x 384 annoncés viennent d’un traitement logiciel, le X³ IR, que le constructeur assume comme tel. Sur des contours nets, le rendu gagne en propreté. Sur d’autres scènes, le traitement fabrique du scintillement sur les bords, et la fluidité chute nettement, y compris sur un téléphone récent. Le bouton se trouve sur l’écran d’accueil, l’aller-retour prend une seconde, donc je l’active au cas par cas.
Ne comptez pas sur cette fonction pour créer du détail qui n’existe pas dans le capteur. La sensibilité, en revanche, tient ses promesses, et c’est elle qui fait le travail.
Ce que j’ai regardé avec
Mon premier réflexe a été le plus bête : ma propre main, paume ouverte devant l’objectif. On y voit les doigts, la circulation, les zones plus froides aux extrémités. J’ai ensuite posé la main quelques secondes sur mon bureau, puis je l’ai retirée. L’empreinte reste visible plusieurs dizaines de secondes, avec le contour des doigts parfaitement dessiné. Ce test maison en dit plus long sur les 35 mK que n’importe quelle fiche technique.

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Deuxième essai, mon PC de jeu en charge. La carte graphique ressort immédiatement comme la zone la plus chaude de la tour, très au-dessus du reste, avec l’alimentation et les phases d’alimentation qui suivent derrière. En dix secondes, j’ai su où passait la chaleur et dans quel sens circulait le flux d’air.

Le troisième test m’a le plus amusé. Après avoir marché pieds nus sur le parquet, j’ai balayé le sol : chaque appui laisse une trace nette, et on suit le trajet comme une piste. Anecdotique, mais parlant sur la finesse du capteur.

Pour les usages sérieux, le terrain de jeu reste le proche. Sur une carte électronique, un court-circuit sur rail d’alimentation ou un régulateur qui souffre saute aux yeux, avec le curseur de point chaud qui se cale dessus tout seul. Le constructeur annonce la détection de fuites à partir de 1 mA et la lecture de composants de 0,25 mm. Sur un tableau électrique, une borne mal serrée chauffe avant de lâcher. Pour l’isolation d’un logement, chauffez normalement puis scannez murs et menuiseries : les zones froides trahissent les fuites, même si la P3 ne remplace pas un diagnostiqueur équipé d’un grand capteur.
Un usage à écarter : la température corporelle. Avec ± 2 °C de précision, aucune caméra de ce type ne remplace un thermomètre médical.
L’application Temp Master
Elle se télécharge sur le Play Store et l’App Store. Les tout premiers exemplaires imposaient un sideload d’APK sur Android, cette époque est révolue, mais vérifiez la compatibilité avec votre version d’Android.
L’interface va à l’essentiel. Un bouton d’étalonnage en haut, un menu déroulant pour choisir la plage (-20 à 150 °C ou 100 à 600 °C, jamais les deux à la fois), douze palettes de couleurs, des mesures par point, ligne ou zone que l’on trace au doigt, des filtres par seuil de température, la capture photo et vidéo en 1440 x 1080, et une table d’émissivité par matériau que la documentation explique mal.
Deux détails à connaître. Le zoom numérique 15x ne fait que grossir des pixels, tournez plutôt la bague. Et l’incrustation de l’appareil photo du téléphone, utile pour se repérer sur un mur ou un tableau à un mètre, ne sert à rien en macro : une vingtaine de centimètres séparent les deux objectifs, les images ne convergent jamais.
La fonction qui mérite le détour reste le suivi dans le temps, en time-lapse ou avec alarme thermique. Pour surveiller un raccord suspect ou un câble qui chauffe par intermittence, le téléphone travaille pendant que vous faites autre chose.
Sur PC : Windows uniquement

Pas de macOS, pas de Linux. Le logiciel s’installe en chinois par défaut, pensez à basculer en anglais. Il propose moins d’options que la version mobile, sans interrupteur pour le X³ IR. Ajoutez l’absence de fixation et vous obtenez une expérience utilisable mais frustrante. La P3 a été pensée pour le téléphone, le PC vient en second.
Prix et disponibilité

Le tarif conseillé est de 349 € en France. On trouve régulièrement la P3 à 300 € chez les revendeurs et sur Amazon.fr. Pour un usage domestique une fois par an, la dépense reste lourde. Pour qui ouvre régulièrement des machines, deux diagnostics réussis remboursent l’appareil.
FAQ
La Thermal Master P3 fonctionne-t-elle avec une coque de téléphone ?
Oui dans la majorité des cas, le connecteur USB-C dépasse plus que la normale pour cette raison. Avec une coque très épaisse, passez par la rallonge fournie.
La résolution 512 x 384 est-elle réelle ?
Non. Le capteur fait 256 x 192 pixels, les 512 x 384 viennent du traitement X³ IR.
Est-elle compatible avec un Mac ?
Non, l’application de bureau existe seulement sous Windows.
Consomme-t-elle beaucoup de batterie ?
0,32 W annoncés, soit environ six heures d’utilisation continue. Pensez à la débrancher après usage, sinon elle grignote l’autonomie sans prévenir.
Verdict
La P3 fait passer le module thermique pour smartphone du gadget à l’outil. La bague de mise au point apporte une liberté de placement que les modèles à focale fixe ne peuvent pas offrir, la sensibilité inférieure à 35 mK révèle une empreinte de main sur un bureau, et le boîtier en alliage supporte la caisse à outils. Le X³ IR relève surtout du confort visuel, et le logiciel PC reste un chantier.
Si vous réparez de l’électronique, entretenez du matériel informatique ou intervenez sur des installations électriques, elle se justifie sans hésiter. Pour scanner une façade à dix mètres, regardez ailleurs.
