On leur appartient autant qu’ils nous appartiennent. Ils nous hantent de leurs caprices, totalement indépendants de nos préoccupations, et pourtant, on ne peut s’empêcher de nous faire un sang d’encre pour eux. Souvent étranges, ils fascinent et effraient depuis des générations.
Le Journal des Chats – comme fait l’un pour l’autre
La fascination pour les chats touche internet comme les plus grands auteurs. Juju ne fait pas exception, obnubilé par l’arrivé prochaine de Yon, le chat de A, sa femme. En effet, ce chat n’est pas vraiment comme les autres. Il porte sur le dos la marque de la peur, un dessin qui rappelle les affres de l’enfer et de la douleur. Peu à l’aise dans son nouvel environnement, il adopte un comportement étrange, ce qui n’est pas sans rajouter à sa légende.

Mais comme un malheur n’arrive jamais seul, A a peur que Yon s’ennuie tout seul. Elle décide donc d’adopter un chaton pour lui tenir compagnie, Mu. Adorable petite boule de poile attachante et discrète, Juju découvre avec effarement sa propre capacité à s’emporter face au petit gabarit de cet animal.
Commence alors une sorte de joute mentale avec A pour savoir qui parviendra à obtenir le plus de comportement exclusif de la part de leur deux protégés, aussi bizarres soient-ils. Le quotidien faisant, chacun s’habitue à la présence de l’autre. Juju et A parviendront-ils à s’approprier l’attention de leurs chats souverains ?

Les chats. S’il y a bien un sujet fédérateur, c’est celui-ci. Tout le monde aime les chats, et ils nous le rendent souvent bien mal, ou tout du moins, à leur façon. Priorité absolue de leur propre vie, ils remettent l’humain à sa place d’apport matériel, bien avant de lui offrir de l’affection désintéressée. Ils n’ont que faire de notre inquiétude et nous le font savoir par leurs aventures parfois malencontreuses. Un quotidien qui connaît tout maître de chat, et Juju et A ne font pas exception.
Le journal des chats est un manga écrit par Junji Ito, le maître de l’horreur japonais. Ouvrage sorti en 2008, il a une première édition chez Tonkam en 2015, avant de ressortir le 7 Mai 2026 chez Delcourt-Tonkam dans une édition prestige.
Dans cet ouvrage, Junji Ito raconte bien évidemment son propre quotidien. Une idée qui vient de son responsable éditorial, curieux de le voir raconter des événements aussi “banales”. Junji n’y croyait pas beaucoup, mais il faut croire qu’il a bien fait …
Effroyable chadorable
Côté dessin, Junji Ito nous fait une belle démonstration de son style habituel, se mettant habilement en scène sous des traits presque monstrueux. Le charadesign est tiré, sec et emprunt de mouvement. Une superbe démonstration de cette hystérie sélective et momentanée que sont capables de créer les chats chez les humains. Derrière les traits effroyables de ces créatures à poil, on ressent sans mal l’affection particulière que Junji Ito porte à Yon et Mu, et à l’importance qu’ils ont pris dans sa vie.
Côté finition, les décors sont très limités et les trames utilisées de façon assez légères. La mise en scène se veut bien plus discrète que sur ses titres d’horreurs plus classiques, quitte à sacrifier l’ambiance pesante pour proposer du dynamisme et jouer de l’auto-dérision.

Côté édition, Delcourt-Tonkam nous propose un tome relié à couverture rigide. L’ouvrage est de très bonne facture, quoique légèrement cher, 13€ pour 112 pages. On notera malgré tout une bonne couverture, de nombreuses pages bonus, dont des photos de Yon et Mu, ainsi qu’une excellente qualité de papier. Dommage que la couverture cartonnée n’ait pas eu d’attention particulière.
Conclusion
Vous aimez les chats ? Vous aimez Junji Ito ? Alors Le journal des chats est un incontournable. Le maître de l’horreur nous gratifie ici d’une tranche de vie pour le moins singulière, jouant avec les frontières des genres et les bizarreries de ses amis à poil. Une belle pièce de collection à avoir dans sa bibliothèque.
J’aime le style de Junji Ito, ainsi que les chats, possédant moi-même un exemplaire de cette bestiole du démon, aussi étrange que fascinant. A ce titre, je ne peux que comprendre les élucubrations brillantes du maître de l’horreur dans Le journal des chats. Un titre qui fait ressentir une grande proximité avec son auteur, autant qu’avec ses boules de poils. J’ai beaucoup apprécié, même si ce n’est clairement pas une de ses œuvres majeures.

