J’ai encore le souvenir précis de la première fois que j’ai posé les mains sur Lylat Wars, chez un copain, sur une Nintendo 64 branchée sur une télé cathodique qui devait faire 55 centimètres de diagonale. On se relayait à la manette, on hurlait « Do a barrel roll » en imitant Peppy, et on n’a jamais réussi à trouver le chemin secret de Corneria ce jour-là. Trente ans plus tard, la même sensation revient dès la première mission de ce remake sorti le 25 juin sur Switch 2. C’est troublant.
Le jeu s’appelle simplement Star Fox, il coûte 49,99 euros, et Nintendo a confié le chantier à Velan Studios, le studio américain derrière Mario Kart Live: Home Circuit et Knockout City. Ce détail a son importance, on y reviendra pour le multijoueur.
Rappel utile : ce n’est pas la première réédition. Star Fox 64 3D était déjà passé par là sur 3DS, et Star Fox Zero avait tenté de réinventer la formule avec les contrôles gyroscopiques du Wii U GamePad, avec le succès mitigé que l’on connaît. Cette fois, la ligne éditoriale est claire : on ne touche à rien, on repeint tout.
Une campagne identique, dans le bon comme dans le moins bon

Le système de Lylat est en guerre. Andross, scientifique banni sur Venom, revient avec des ambitions impériales. Le Général Pepper fait appel à l’équipe Star Fox, quatre mercenaires embarqués à bord du Great Fox : Fox McCloud, Falco Lombardi, Peppy Hare et Slippy Toad. Rien de neuf, et c’est assumé.
Ce qui est neuf, ce sont les cinématiques. Une séquence d’introduction revient sur la disparition de James McCloud et la trahison de Pigma, et elle est franchement réussie visuellement. Le reste, en revanche, se résume souvent à l’équipe assise dans le Great Fox pendant que Pepper débriefe. Falco balance une punchline, Slippy tapote sur ses écrans, Peppy joue les papas. C’est sympathique, ça donne un peu de chair à une aventure qui était très sèche sur N64, mais on est loin de la révolution narrative vendue par la communication de Nintendo.
Ce qui m’a le plus surpris, c’est le degré de fidélité au jeu de 1997. Les ennemis apparaissent aux mêmes endroits, aux mêmes timings, avec les mêmes patterns. J’ai retrouvé mes vieux réflexes sur Corneria en trois minutes chrono, et je savais encore où viser sur le boss de Meteo. Pour un vétéran, c’est autant une madeleine qu’une petite déception. La distance d’affichage est elle aussi calquée sur l’original, ce qui donne parfois des structures qui surgissent à l’écran de façon brutale, sur une console qui pourrait faire nettement mieux.
Le pilotage, lui, n’a pas pris une ride. L’Arwing répond au quart de tour, les tonneaux et les demi-tours s’enchaînent avec une fluidité exemplaire, et le tir chargé à tête chercheuse reste aussi satisfaisant qu’à l’époque. Le Landmaster est toujours aussi plaisant à manier lors des phases au sol.
Le mauvais élève, c’est Aquas. Le Blue Marine avance comme un sous-marin en fin de vie, la lisibilité sous l’eau est toujours approximative, et je pensais sincèrement que Velan en profiterait pour retoucher le rythme de ce niveau. Raté. C’est fidèle, mais c’est fidèle aux défauts aussi.
Petit détail qui m’a agacé plus que de raison : les Smart Bombs sont désormais sur le bouton Y, mais l’icône à l’écran affiche toujours le « B » rouge de la N64. Pendant deux planètes entières, mon pouce partait tout seul sur B.
Défis, médailles et rejouabilité

La campagne se termine en deux heures, parfois moins. C’est l’ADN de la série depuis toujours et ça n’a jamais été le problème. Le vrai contenu, c’est la carte des embranchements. Selon vos performances, vous débloquez des routes alternatives et des planètes différentes, et le remake affiche désormais clairement les objectifs à remplir pour y accéder. Fini le tâtonnement à l’aveugle, et honnêtement, c’est une bonne chose.
Il m’a fallu environ trois parcours complets et sept heures de jeu pour visiter toutes les planètes. Ensuite viennent les médailles, qui demandent un nombre de hits précis sur chaque niveau, donc une connaissance chirurgicale des vagues d’ennemis.
Le mode Défis est la vraie nouveauté côté solo. Chaque niveau propose une liste d’objectifs : éliminer tous les ennemis d’un type donné, terminer sans subir de dégâts, repousser Star Wolf, boucler dans un temps limite. En Normal, c’est déjà exigeant. En Expert, ça devient un exercice d’optimisation pure. Les récompenses sont purement cosmétiques (icônes, bannières, accessoires d’avatar pour le profil en ligne), ce qui limitera l’intérêt pour beaucoup.
Un vrai point noir ici : le mode Expert reste verrouillé derrière l’obtention des médailles sur tous les niveaux. Si vous n’aimez pas le scoring, vous ne verrez jamais la difficulté maximale. C’est un choix de game design d’un autre temps.
Coop et multijoueur : Velan sort son savoir-faire

La coopération à deux fonctionne avec le mode souris des Joy-Con 2 : un joueur pilote, l’autre gère le viseur. J’ai testé avec ma compagne, qui ne joue jamais. Verdict : on a beaucoup ri, on a beaucoup crié, et on a fait un score catastrophique. C’est parfait pour initier quelqu’un, beaucoup moins pour performer. Et surtout, ce mode remplace le multijoueur local en écran partagé de l’original, ce qui est une perte sèche.
Le multijoueur en ligne, en revanche, est une bonne surprise. Des parties courtes de cinq minutes, nerveuses, sur des arènes reprenant Corneria, Fichina et un champ d’astéroïdes. Trois objectifs différents : contrôle de zones, récolte de météorites, et vol de cargaison sur des robots pirates. Des bonus disséminés sur la carte (missiles à tête chercheuse, mines, boucliers, soins, brouilleurs) pimentent les affrontements. On sent l’expérience acquise par Velan sur Knockout City, le feeling est bon.
Le GameChat et la caméra permettent d’incarner un personnage de la licence dont l’avatar reproduit vos mouvements de tête. C’est gadget, c’est amusant cinq minutes, mais le tracking est étonnamment précis.
Reste la question de fond : est-ce que ce multi tiendra dans la durée ? Trois cartes, trois modes, ça mérite des ajouts. Sans mises à jour, l’intérêt risque de retomber vite.
Technique et bande-son

C’est là que Velan a vraiment travaillé. Les décors sont bluffants : les geysers de lave de Solar, les vapeurs toxiques de Venom, les astéroïdes de Meteo qui défilent à toute vitesse. Les effets de lumière sont partout, la fluidité est irréprochable en docké comme en portable.
Sur le design des personnages, je suis plus réservé. Ce côté un peu bouffi ne me convainc pas totalement, et je préfère largement le Fox McCloud aperçu dans The Super Mario Galaxy Movie. Question de goût.
La bande-son, elle, est une réussite totale. Les réorchestrations du thème de Corneria et de celui de Star Wolf ont ce souffle épique qu’on attendait. Les nouvelles voix demanderont un temps d’adaptation aux vétérans, mais les performances sont solides.
Verdict
Star Fox sur Switch 2 est un excellent jeu enfermé dans un remake prudent. Tout ce qui faisait la force du titre de 1997 est là, sublimé par une réalisation superbe, mais Velan et Nintendo n’ont jamais osé pousser la porte. À 49,99 euros, c’est un achat évident si vous n’avez jamais touché à Lylat Wars, et un plaisir nostalgique bien réel si vous le connaissez par cœur. Reste une frustration : après ce remake, on n’attend qu’une chose, un vrai nouveau Star Fox.
