Depuis quelques mois, je vois passer un peu partout deux expressions qui semblent désigner la même chose sans vraiment l’être : le low code et le vibe coding. Les deux promettent de créer des applications sans devoir écrire des milliers de lignes de code à la main, mais leurs philosophies n’ont presque rien en commun. L’un structure, l’autre improvise. L’un rassure les DSI, l’autre fascine les indépendants pressés. J’ai voulu prendre le temps de comparer ces deux approches, parce qu’au-delà de la mode, choisir l’une ou l’autre change radicalement la façon dont on construit un produit numérique.
Le low code, une approche industrialisée du développement
Le low code repose sur une idée assez simple : remplacer une bonne partie de l’écriture manuelle de code par des composants visuels prêts à l’emploi. Sur ce type de plateforme, on construit une application en glissant-déposant des blocs, en paramétrant des règles métier, en branchant des connecteurs vers des bases de données ou des API. Le code existe toujours, il est généré automatiquement en arrière-plan, mais l’utilisateur travaille essentiellement avec une interface graphique. C’est une approche qui existe depuis plus d’une décennie maintenant, popularisée par des acteurs comme OutSystems, Mendix, Bubble ou encore Softyflow côté français.
Ce que j’apprécie dans cette logique, c’est qu’elle reste très cadrée. Une plateforme low code impose une structure, des standards, des bonnes pratiques. Quand je livre une application construite de cette façon, je sais qu’elle pourra être maintenue dans cinq ans par quelqu’un d’autre, parce que la logique reste lisible et que la plateforme garantit une certaine cohérence d’ensemble. C’est aussi pour cette raison que les grandes entreprises s’y intéressent depuis longtemps, en particulier pour digitaliser des processus internes sans monter une équipe de développeurs dédiée.
Le vibe coding, l’écriture de code à la sensation
Le vibe coding, lui, est beaucoup plus récent. Le terme a été popularisé début 2025 par Andrej Karpathy, ancien directeur de l’intelligence artificielle chez Tesla. L’idée tient en une phrase : on décrit à un modèle d’IA ce que l’on veut obtenir, et on laisse l’IA écrire le code. On ne lit pas vraiment ce qui sort, on regarde le résultat, on ajuste sa demande, on relance, on itère jusqu’à ce que ça fonctionne. Karpathy parlait de céder au « vibe », de discuter avec l’IA comme on discuterait avec un collègue très rapide qui coderait à votre place pendant que vous donnez la direction.
En pratique, le vibe coding s’appuie sur des outils comme Cursor, Claude Code, Replit ou Lovable. Ce ne sont plus des plateformes visuelles, ce sont des éditeurs de code dopés à l’IA, avec lesquels on travaille essentiellement en langage naturel. Là où le low code propose des composants finis et structurés, le vibe coding génère du code source brut à la demande, dans n’importe quel langage et pour à peu près n’importe quel cas d’usage.
Les vraies différences entre les deux approches
La première différence, c’est le rapport au code. En low code, le code est masqué mais structuré par la plateforme. En vibe coding, le code est généré mais souvent peu relu par celui qui le commande. Cela change tout en termes de maintenabilité. Une application low code repose sur un éditeur qui garantit sa pérennité, alors qu’une application vibe codée repose sur la qualité du code produit par l’IA à un instant donné, sans véritable garde-fou structurel.
La deuxième différence concerne le public visé. Le low code s’adresse autant à des profils métiers qu’à des développeurs. Une responsable RH peut très bien construire un workflow de validation de congés sur une plateforme low code, sans jamais avoir codé de sa vie. Le vibe coding suppose au minimum de savoir lire le résultat, comprendre ce qu’est une dépendance, déboguer une erreur quand l’IA part en vrille. C’est plus accessible qu’un développement classique, mais ça reste fondamentalement un métier technique.
La troisième différence, c’est la flexibilité. Une plateforme low code impose son cadre. Si elle ne propose pas le connecteur ou le composant dont vous avez besoin, vous êtes vite coincé ou vous devez écrire du code custom par-dessus. Avec le vibe coding, il n’y a quasiment aucune limite, puisque l’IA peut générer n’importe quel code pour n’importe quel besoin, du script Python à l’application mobile en Swift.
Les avantages concrets du low code
J’utilise régulièrement des outils low code pour des projets internes, et les bénéfices sont assez évidents. La rapidité de mise en production est imbattable sur des cas d’usage standards comme les formulaires complexes, les workflows de validation, les portails clients ou les applications métier classiques. La gouvernance est aussi un vrai point fort, parce que tout passe par la plateforme, ce qui simplifie la sécurité, la gestion des droits d’accès et l’audit. Le coût de maintenance reste prévisible sur le long terme, là où une application développée entièrement à la main demande des compétences spécifiques à chaque évolution.
Pour une entreprise qui veut digitaliser une douzaine de processus internes en quelques mois, le low code reste à mon avis l’option la plus saine. On évite de monter une équipe de développeurs dédiée, on s’appuie sur un éditeur qui assume la couche technique, et on garde la main sur la logique métier sans dépendre de ressources rares.
Les avantages du vibe coding
Le vibe coding, de son côté, brille là où le low code s’essouffle. Pour prototyper une idée en deux heures, lancer un produit minimal viable, tester un concept sans budget, c’est devenu redoutablement efficace. Je peux décrire en français ce que je veux, et obtenir une première version fonctionnelle quasi instantanément. C’est aussi très puissant pour des cas d’usage spécifiques que les plateformes low code couvrent mal, comme des algorithmes pointus, du traitement de données particulier ou des intégrations avec des services peu courants.
L’autre intérêt du vibe coding, c’est qu’il ne vous enferme dans aucune plateforme. Le code généré reste votre code, hébergeable où vous voulez, modifiable à la main si besoin, et indépendant de tout abonnement mensuel à un éditeur tiers. Sur des projets perso ou des outils internes très ciblés, c’est un argument de poids.
Alors, lequel choisir ?
Honnêtement, je ne pense pas que la question se pose vraiment en ces termes. Les deux approches répondent à des besoins différents et peuvent parfaitement cohabiter. Le low code est taillé pour des applications métier durables, gouvernées, maintenables sur le long terme. Le vibe coding est génial pour prototyper vite, tester des hypothèses, construire des outils plus personnels ou des projets innovants qui n’entrent dans aucune case. Dans une entreprise mature, les deux pratiques vont sans doute se généraliser en parallèle dans les prochaines années.
Ce qui est sûr, c’est qu’aucune des deux ne remplace complètement le développement traditionnel sur les projets critiques. Une banque en ligne, un système de paiement, un logiciel embarqué dans une voiture, ça reste du code écrit, relu et testé par des humains compétents. Mais pour tout ce qui se situe en dessous de ce niveau d’exigence, le low code et le vibe coding sont en train de transformer la façon dont on construit du logiciel, et ce serait dommage de passer à côté de cette évolution.
