Image Image Image Image Image Image Image Image Image Image
Scroll to top

Top

Pas encore de commentaire

[Test] Octopath Traveler - Les Huit Chemins de Trop

[Test] Octopath Traveler – Les Huit Chemins de Trop
DrCalcifer

Ce test a été co-écrit avec Lusgem

Attendu par de nombreux fans de J-RPG depuis son annonce il y a plus d’un an, Octopath Traveler est enfin arrivé entre nos mains. Edité par un Square Enix qui ne cesse de décevoir, Octopath Traveler est un de ces jeux qui tentent de nous faire revivre les grandes aventures des J-RPG d’antan.

Un bon départ

Depuis un certain nombre d’années, le rétro rencontre un vif succès auprès du public: des jeunes joueurs désireux d’en apprendre davantage sur un passé qu’ils n’ont pas connu aux plus âgés, nostalgiques d’une époque révolue. C’est dans ce contexte que quelques développeurs tirent profit de cette nostalgie ambiante en proposant à leur tour des jeux typés old school autant dans leurs mécaniques de gameplay que dans leurs esthétiques résolument rétro (Hollow Knight, Owlboy). Le studio Acquire, à l’origine du jeu Bravely Default, s’inscrit dans cette volonté de retrouver « l’esprit du passé » tout en l’adaptant à notre époque. Ainsi, Octopath Traveler arbore des graphismes 2D-HD qui rappellent non seulement tout le charme des titres Snes (Final Fantasy VI ou Chrono trigger) mais les subliment par des effets « modernes » absolument magnifiques ! Les jeux de lumière, les reflets lumineux étincelants sur l’eau, la brume sinistre envahissant de sombres forêts, les sprites des personnages (et notamment ceux des boss), l’alliance de la 3D et du pixel art rend Octopath Traveler visuellement somptueux et magnifie l’univers fantasy que propose le titre. Un univers fantasy cohérent où chaque région est connectée à une autre par des routes que nos protagonistes parcourent dans des paysages uniques. Un monde empli de magie qui puise, à l’instar de la saga Final Fantasy, dans différentes cultures et références mythologiques où dragons et chimères peuplent des contrées verdoyantes, enneigées ou désertiques. Le tout dans une certaine ambiance qui n’est pas sans rappeler celle que l’on retrouve dans les jeux de Matsuno (FFXII, FF Tactics) et qui finit de nous emporter grâce la musique fantastique de Yasunori Nishiki. Durant la campagne de promotion d’Octopath Traveler, le compositeur avait d’ailleurs déclaré :
« Pour la musique, je me suis demandé si je devais tenter de m’adapter à un public mondial ou si je devais garder mon style. Puis, je me suis dit :
« Qu’aurait fait un de mes aînés, Nobuo Uematsu ». Et lui, justement, il a gardé son style. Ça ne lui a pas traversé son esprit de changer. Il a gardé son âme et ça a plu à tout le monde. C’est ce que j’ai fait pour Octopath Traveler, où on retrouve mes influences comme la musique classique, notamment Bach, ou les musiques de film. »
Et nous pouvons dire sans mal que le travail de Nishiki est une vraie merveille, la BO véhiculant l’émotion par une douce mélancolie ou par des thèmes plus épiques et guerriers.

Nobuo Uematsu, très connu pour son travail sur la musique de la saga Final Fantasy, avait dit il y a quelques années :  » Dans un futur proche, je reste persuadé que les musiques de jeux n’auront plus rien à envier aux B.O. de film. » L’OST d’Octopath Traveler le prouve de la plus belle des façons.

Octopath frappe donc par la beauté et la diversité des lieux visités ainsi que par sa musique qui contribuent à la sensation de voyage. Mais deux points viennent entacher la réussite totale de l’univers du jeu : d’abord le level design pauvre des donjons. Ces derniers se répètent beaucoup (grottes, manoirs, grottes, manoirs, forêts, grottes…) et ont pratiquement tous une structure similaire, la progression se fera presque toujours de la même façon. Ensuite, sur les 28 villes présentes dans le jeu, certaines se ressemblent beaucoup, au point qu’il est parfois difficile de faire la différence entre elles. Cette répétitivité qui est regrettable et qui nuit quelque peu à l’immersion se retrouve dans un autre aspect du jeu : la narration. Et c’est ici qu’elle devient un défaut majeur d’Octopath qui s’effondre malheureusement sur lui-même…

Sur la route de l’ennui

Octopath Traveler nous raconte les histoires de 8 personnages que vous pouvez faire dans l’ordre que vous désirez (en théorie). Dès le départ, vous pouvez choisir un protagoniste parmi Ophilia la prêtresse, Cyrus l’érudit, Tressa la marchande, Olberic le guerrier, Primrose la danseuse, Alfyn l’apothicaire, Thérion le voleur et H’aanit la chasseuse. Leurs histoires sont divisées en 4 chapitres, chacun d’une durée approximative d’une heure. De plus, une fois votre personnage de départ choisi, vous aurez la possibilité de recruter les 7 autres au cours de votre aventure, constituant ainsi un groupe hétéroclite où chacun aura son utilité en combat ou dans la narration par des capacités spéciales : ainsi Therion pourra ouvrir les coffres spécifiques tandis que Cyrus pourra interroger les habitants d’un village afin d’obtenir des informations au cours d’une quête. A la lueur de ces informations, tout amateur de J-RPG se réjouit d’avance : une longue aventure pleine de promesses en compagnie de 8 « héros » unis dans une quête épique face à l’adversité. Le titre est effectivement très généreux sur la durée de vie, il vous faudra compter une bonne cinquantaine d’heures pour terminer le jeu en ligne droite, le double pour le finir à 100%. Mais encore faut-il pouvoir y arriver et ne pas succomber à ce qui constitue le défaut fondamental du jeu : l’ennui. Car si Octopath Traveler est brillant sur la forme, il se révèle terriblement creux sur le fond. L’enthousiasme que le joueur pouvait ressentir au début de son aventure s’estompe progressivement après les premières heures, l’illusion s’efface et laisse place à une profonde lassitude. La raison principale est l’absence de prise de risque dans les différentes trames scénaristiques des 8 personnages, toutes se révèlent extrêmement prévisibles ET pénibles car extrêmement répétitives dans leurs structures: vous arrivez dans une ville, vous dialoguez avec des PNJ, vous partez dans une grotte/un manoir à la rencontre du boss. A ce stade du test, certains lecteurs peuvent se dire qu’un tel schéma narratif est finalement semblable à celui d’un Dragon Quest et ne constitue pas nécessairement un défaut. Certes mais la saga Dragon Quest est portée par un souffle épique et propose une quête avec de véritables enjeux là où Octopath n’a rien d’autre à offrir que des histoires individuelles « tranches-de-vies » qui n’auront que très peu de rebondissements et d’incidences sur l’histoire du monde. La campagne marketing du jeu insistait sur un titre se voulant l’héritier spirituel des J-RPG de l’ère 16 bits. La comparaison d’Octopath avec ces derniers semble alors inévitable et joue lourdement en sa défaveur : alors qu’un Final Fantasy VI se distinguait par sa liberté d’écriture qui nous emportait dans une odyssée pleine de rebondissements saupoudrée de drame shakespearien, le titre d’Acquire ne se contente que de thèmes aujourd’hui éculés et s’enlise dans des lieux communs à n’en plus finir avec ses personnages caricaturaux, unidimensionnels et sans consistance. Ajoutez à cela un groupe qui paraît très artificiel par l’absence d’interaction entre eux (hormis dans quelques scénettes assez stériles quant à leurs valeurs ajoutées dans les différents scénarios et vous aurez un jeu qui oublie un élément fondamental et encore plus lorsqu’il s’agit d’un RPG : l’émotion. Toutefois, il est à noter que les dialogues sont très réussis grâce à un langage très élégant, assez riche en vocabulaire et qui rappelle encore une fois les jeux de Yasumi Matsuno. Un point très appréciable mais qui ne suffira pas à susciter l’intérêt pour un titre qui ne décollera jamais et n’offrira qu’une aventure banale qui ne laissera aucune trace dans nos mémoires. Octopath apparaît malheureusement comme un titre « mécanique », sans coeur et sans âme. Un titre qui ne raconte presque rien, ne transmet rien et qui veut se faire passer, par mimétisme agaçant, pour un jeu qu’il n’est pas : le représentant moderne de l’époque Snes. Mais Acquire n’a visiblement pas compris l’esprit qui traversait et animait les jeux de cette époque. Et c’est d’autant plus étonnant lorsque l’on sait que les jeunes développeurs d’Acquire ont grandi avec des jeux comme Chrono Trigger.

La Voie du Combat

Comme évoqué plus haut dans ce test, Octopath Traveler nous propose d’incarner de nombreux personnages et nous offre de nombreuses possibilités de gameplay plus ou moins sympathiques. Chacun des huit personnages d’Octopath Traveler possède une classe qui lui est propre et a la possibilité d’en avoir une secondaire. Cette classe secondaire lui permet alors de bénéficier des armes qui lui sont propres et de son arbre de compétence. Cependant, cela n’est pas le cas des actions spéciales à utiliser hors combats. Cela aurait été pourtant bien plus pratique de pouvoir se servir de la capacité de crochetage du voleur (pour ouvrir des coffres spéciaux) sans forcément avoir à jouer avec Thérion. Car oui, dans Octopath Traveler, vous devez sans cesse modifier votre équipe, qui n’est composée que de la moitié des personnages disponibles, afin de pouvoir progresser dans chacune des histoires contées. Outre le manque d’intérêt suscité par certains personnages, il est quasiment impossible de profiter du jeu en changeant l’intégralité de sa petite équipe toutes les heures et pourtant, la lente progression de chacun d’entre eux prouve qu’il le faudrait. De nombreuses heures de farming se sont alors offertes à moi, de nombreuses heures longues et fastidieuses où il fallait remettre à niveau nos petits personnages laissés trop longtemps à la taverne du coin. La narration, déjà bien pénible à suivre dans le jeu, n’en fut alors que plus lente.

Heureusement, le jeu brille par son excellent système de combat au tour par tour. A la fois stratégique, intuitif et plaisant à jouer, il ravira de nombreux joueurs novices ou confirmés. Tour par tour ne veut pas forcément dire qu’il manque d’originalité. Il bénéficie d’un système de charges d’attaque que l’on peut utiliser pour augmenter de façon significatives leurs effets. De plus, chaque ennemi possède des faiblesses que l’on doit découvrir au fil du combat et qui permettent de faire diminuer leur bouclier pour finalement les étourdir. S’il est assez facile de se débrouiller face aux monstres rencontrer aléatoirement dans le jeu, le système de combat se révèle beaucoup plus intéressant à maitriser lors des combats contre les nombreux boss qui constituent la seule grosse difficulté du jeu. Souvent accompagnés de quelques sbires, il faut redoubler d’efforts pour venir à bout de leurs défenses parfois impénétrables.

 

 

Les Points Positifs :

  • L’OST magnifique
  • Le système de combat
  • Une DA excellente, la 2D-HD fait des merveilles
  • Un univers fantasy cohérent et réussi

Les Points Négatifs :

  • Une narration lente et peu profonde
  • Des donjons très similaires au level design pauvre
  • Le grind à partir d’un certain point, long et rébarbatif

Pour Conclure

6

sur 10

Octopath Traveler n'est certainement pas un mauvais jeu. Doté d'un système de combat solide, d'une direction artistique le plus souvent sublime et de musiques somptueuses, il échoue malheureusement sur le point crucial de la narration. Sans attendre la qualité scénaristique d'un Final Fantasy VI, nous espérions malgré tout un travail d'écriture bien plus ambitieux et audacieux. Le jeu ne peut donc pas être le fils spirituel des J-RPG de l'ère Snes car s'il en a vaguement l'odeur, il lui manque l'essentiel : la profondeur. Un héritage du passé trop lourd à porter pour Octopath qui se révèle finalement... moyen. Une désillusion. Cependant, nous attendons la prochaine production des jeunes développeurs du studio Acquire en espérant un fond bien plus poussé et intéressant.