[Test] Final Fantasy VII Remake (PS4) : un remake rassurant à défaut d’être transcendant

par DrCalcifer

Sorti en 1997, Final Fantasy VII est un jeu légendaire, l’une des expériences les plus marquantes dans le domaine du J-RPG pour bon nombre de joueurs. L’officialisation d’un remake en 2015 fut pour beaucoup d’entre nous un rêve devenu réalité, tout en suscitant à la fois espoirs démesurés et craintes légitimes. Edité et développé par Square Enix, le studio a confié ce projet à la dream team qui s’était chargée du développement du jeu original en 1997. Aux commandes nous retrouvons donc Yoshinori Kitase (réalisateur, scénariste)Tetsuya Nomura (créateur des personnages)Kazushige Nojima (scénariste, event planner) et Yusuke Naora (directeur artistique). Final Fantasy VII Remake constitue la relecture moderne partielle d’un monument vidéoludique : les développeurs ayant fait le choix d’opter pour un format « épisodique », cette première partie découpée en chapitres s’attarde uniquement sur les événements survenus dans la ville de MidgarSquare Enix a t-il réintérer l’exploit de Squaresoft en 1997 ? Cette première partie est-elle à la hauteur du mythe ? Arrivé entre nos mains après une attente stratosphérique, nous sommes en mesure de vous fournir notre verdict quelques jours après la sortie officielle du jeu (10 avril 2020).

I] Ombres et lumières dans la cité de Midgar 

 
Dans un vaste paysage, un oiseau survole une nature désolée et va se perdre dans le ciel d’une métropole étrange où les nuages sont crachés par les cheminées énormes des réacteurs. Les habitants vaquent à leurs occupations et mènent leurs vies pendant que la Vie se meurt. Après ce court instant à la fois lumineux et pessimiste d’une cinématique magnifique, nous voici dans les rues sombres de la cité en compagnie d’une marchande de fleurs. Alors que la caméra s’éloigne et s’envole progressivement au son d’un thème bien connu des fans de la saga Final Fantasy, Midgar se dévoile dans toute sa splendeur, dans toute son horreur. Sa beauté froide est saisissante et le niveau de détails de la ville absolument spectaculaire
Une cinématique d’introduction similaire à celle du jeu original mais qui la sublime, aidée bien évidemment par la technique de notre époque. La caméra nous plonge ensuite vers la partie de la ville où commence l’épopée du héros. Armé de sa gigantesque épée, le voici sur le toit d’un train en route, s’apprêtant à vivre sa plus grande aventure.
FFVII Remake commence.
 
 

Et nous voici dans la peau de Cloud Strife, mercenaire engagé par un groupe d’éco-terroristes enragés nommé AVALANCHE. Ce dernier s’oppose à la Shinra, une organisation redoutable qui contrôle la cité. Elle puise sa puissance économique dans l’extraction de l’énergie Mako, une ressource vitale à la planète mais exploitée sans vergogne par la compagnie, lui permettant de produire l’électricité, d’assurer le fonctionnement de Midgar et le confort d’une partie des habitants. Propagande, force armée, milice spécialisée dans l’enlèvement et l’assassinat, la Shinra exerce un contrôle total sur la ville et nous entraîne dans les ténèbres d’une dystopie effrayante, un univers cyberpunk dont les thèmes entrent, aujourd’hui plus que jamais, en résonance avec notre propre monde. C’est dans ce contexte que des esprits éveillés comme AVALANCHE luttent pour préserver l’écosystème de la planète. 
Le premier chapitre, à l’instar du jeu original, nous entraîne au coeur de l’action alors que le groupe rebelle mené par un certain Barrett se lance dans une mission d’une importance capitale, la destruction d’un réacteur Mako de la Shinra.
D’emblée, une évidence s’impose d’elle-même : si les cutscenes sont somptueuses et se rapprochent qualitativement du film d’animation Advent Children, les graphismes durant les phases de gameplay ne sont pas en reste et demeurent généralement admirables. Le premier chapitre épate par les jeux de lumière, les effets de particules, les décors et par un point qui nous a particulièrement marqué : la modélisation des personnages tout bonnement incroyable. Cloud, Barrett, mais également Jessie, Biggs et Wedge (membres d’AVALANCHE) sont impressionnants de réalisme. Leurs regards, leurs vêtements, leurs armes, leurs expressions faciales, le design impeccable de Tetsuya Nomura, le travail réalisé par Square Enix  quant à la réalisation des personnages principaux et des seconds couteaux est stupéfiant. Une qualité qui se confirme dans les chapitres suivants (mais non valable pour les habitants des taudis et autres PNJ qui ne bénéficient pas du même traitement de faveur, forcément). Cela dit, nous sommes moins élogieux en ce qui concerne le doublage français de ces mêmes personnages, globalement correct mais loin d’être inoubliable. 
 
 

Une modélisation fabuleuse !

 
Nous l’avons vu, les graphismes ont fait l’objet d’une attention toute particulière de la part des développeurs. Il est toutefois regrettable et étonnant de constater un manque de soin flagrant dans la résolution de certaines textures et un retard assez fréquent dans l’affichage. Un passage du chapitre 6 en est un exemple frappant : alors que nos héros progressent sur des passerelles en altitude afin de détruire un deuxième réacteur Mako, les bidonvilles situés au sol ne sont guère représentés que par une vilaine texture indigne d’un jeu PS4, ni même d’un titre PS3. Des détails qui peuvent choquer et entachent quelque peu la grande qualité visuelle du soft.
 

Inacceptable en 2020…

 
Heureusement, Final Fantasy VII Remake peut compter sur une réalisation transcendée par la direction artistique, l’ambiance et la mise en scène brillantes.
 

II] Grandeur et décadence

 
Midgar est une ville suintante de douleur. Cette souffrance, nous la percevons directement au travers de grands édifices en ruine, d’usines désaffectées, de parcs pour enfants abandonnés. Midgar est une cité fracturée et toute sa structure rappelle inlassablement  le cauchemar dystopique : divisée en deux parties bien distinctes, l’élite vit en hauteur sur les plaques supérieures. En-dessous, une montagne de déchets et les laissés-pour-compte qui se démènent pour survivre, un univers impitoyable qui n’est pas sans rappeler Zalem et la décharge du manga GUNNM.
Très inspirée, la direction artistique merveilleusement sombre et résolument cyberpunk parvient sans peine à convaincre et, à quelques occasions, émerveiller. 
L’atmosphère étouffante et poisseuse des taudis, la crasse, le quotidien des bidonvilles, autant d’éléments qui fascinent, émeuvent et donnent à ce remake un cachet absolument unique. L’auteur de ces lignes admet avoir été particulièrement touché en parcourant le secteur 5 devant ces vies si misérables et pourtant tellement précieuses. Il est vrai que la musique que l’on entend à cet instant est  traversée par une profonde mélancolie qui participe pleinement à l’émotion.
 
 
C’est d’ailleurs l’une des grandes forces du jeu, les nouvelles compositions musicales généralement d’excellente qualité (malgré trois ou quatre pistes que nous qualifierons de douteuses) sont toujours en adéquation avec l’univers désespéré et fou de Final Fantasy VII Remake. Eclectique, la bande originale est une merveille auditive avec ses réorchestrations sublimes, ses thèmes épiques, doux, nostalgiques et parfois audacieux. Nous saluons le travail grandiose des compositeurs Yoshitaka Suzuki, Shôtarô Shima, Yoshinori Nakamura, Masashi Hamauzu avec une pensée particulière pour Nobuo Uematsu.
Si l’ambiance du jeu est si réussie, nous le devons également à la mise en scène que les développeurs ont peaufiné et qui embellit les scènes cultes du jeu original, assure un spectacle permanent, rend la cité vivante et organique. Un réel tour de force
 
 

 
Malgré ces éléments remarquables, des questions se posent et des frustrations s’imposent. Pourquoi, avec un univers aussi charmeur, ne pas avoir proposé aux joueurs un minimum d’exploration de la ville ? La linéarité n’est pas un problème en soi et nous ne demandions pas un monde ouvert, mais Final Fantasy VII Remake n’offre qu’une progression cloisonnée à l’extrême dans des couloirs qui ne permettent même pas de revenir en arrière. Midgar est une cité fascinante, gigantesque et paradoxalement si petite dans ce remake car insuffisamment exploitée; l’occasion était pourtant unique de nous faire découvrir des parties de la ville inexplorées dans le FFVII de 1997, de nous laisser un minimum de liberté. D’autant plus que cette aventure dure approximativement 35h en ligne droite (c’est le cas de le dire), 45h en prenant votre temps avec les quêtes annexes. Hélas, ce temps n’est jamais consacré à la découverte de nouvelles zones via des quêtes annexes intéressantes, mais à des passages ultra dirigistes parsemés de quêtes secondaires « FEDEX » dépourvues d’intérêt. Ajoutez à cela quelques chapitres inutilement longs, excessivement étirés afin d’augmenter artificiellement la durée de vie, des séquences proposant une progression avec des mécaniques de jeu désuètes (comme actionner sans cesse des interrupteurs et des leviers pour avancer), un contenu endgame pas franchement intéressant et vous entendrez deux mots qui reviendront quelquefois dans votre tête : quel dommage. 
 
Cela étant, l’ennui n’est pas au rendez-vous, pour les raisons évoquées plus haut et pour le système de combat, imparfait mais grisant

 

III] Les combats d’un ex-SOLDAT et ses alliés

 
Dès son annonce en 2015, le studio Square Enix a été clair sur l’orientation du système de combat de Final Fantasy VII Remake, exit le tour par tour, le jeu sera un action RPG. Un choix qui a fait grincer les dents d’un certain nombre de joueurs et susciter leur inquiétude, craignant des combats sans aucune subtilité. Pourtant, les faits sont là : le gameplay en combat est à la fois dynamique, stratégique et terriblement jouissif lorsqu’il est maîtrisé. Loin d’être un système sans finesse, il repose sur l’ATB (Active Time Battle) l’utilisation judicieuse des combattants et de leurs capacités. Afin de remplir les barres d’ATB et utiliser plus rapidement la magie, les compétences et les objets, vous devrez attaquer les ennemis, utiliser la garde ou l’esquive. Notez que cette dernière est le plus souvent inefficace si vous souhaitez éviter les assauts de l’ennemi et nous vous conseillons de préférer l’utilisation de la garde. 
Les combats en ceci d’intelligent qu’ils mettent à contribution tous les personnages : n’espérez pas contrôler Cloud -personnage certes polyvalent- indéfiniment sans switcher entre les autres combattants car vous vous dirigerez vers une mort certaine. Au contraire, les attaques au CAC de Cloud seront utiles et extrêmement puissantes en utilisant sa capacité spéciale Bravoure du Soldat mais il sera indispensable de faire appel à des personnages à distance tels que Barrett et Aerith la marchande de fleurs afin d’utiliser les sorts adéquats selon le type d’ennemis pour que vos cibles finissent dans un état de Fragilité et de Choc. C’est grâce à l’état de Fragilité infligé à un ennemi que la barre de Choc se remplira plus vite et c’est précisément lorsqu’il sera en état de choc que vous lui infligerez le plus de dégâts ! Indispensable contre les boss
De plus, il sera nécessaire d’utiliser le menu des commandes -sorte de « pause active »- qui est nommé ici mode tactique. Pour être clair, en appuyant sur la touche X durant un combat, vous ralentirez considérablement le temps à l’écran et c’est ici que vous aurez l’occasion de choisir les compétences, les sorts et les objets du combattant que vous contrôlez ET des alliés. C’est aussi par ce menu qui vous pourrez enclencher des invocations (Ifrit, Shiva, Pampa…) et des attaques dévastatrices lorsque votre personnage ou un allié sera dans un état de transcendance
Soulignons la présence de raccourcis permettant d’utiliser les sorts, compétences et objets sans passer par le menu des commandes pour les joueurs qui le souhaitent.
 
 
Vous le voyez, le système de combat de Final Fantasy VII Remake est loin d’être dépourvu de profondeur. Il l’est encore plus quand il s’agit d’associer les matérias aux personnages (des sphères qui, une fois équipées sur les armes et protections, confèrent aux combattants des capacités de magie, de soutien, d’invocation) et d’utiliser les points de compétences progressivement gagnés lors des combats. Ces derniers permettent d’améliorer les armes et monter vos statistiques en combat : augmenter votre attaque physique, magique, votre défense, vos PV, vos PM etc. Les armes peuvent être achetées chez divers marchands grâce aux gils, la monnaie emblématique de la saga Final Fantasy, ou bien simplement se trouver sur le terrain dans des coffres. Chaque arme aura ses atouts et ses faiblesses : par exemple une épée de Cloud permettra d’infliger des attaques physiques puissantes mais aura des statistiques magiques relativement faibles. A contrario, une autre épée n’infligera pas d’énormes dégâts au CAC mais permettra d’être meilleur dans l’utilisation des sorts ! Les possibilités sont multiples et sont très appréciables. 
Stratégique, dynamique, fun, nous ajoutons que les séances de farming intensives ne sont pas nécessaires évitant ainsi une trop grande répétitivité. Le gameplay est, de plus, transcendé par une mise en scène exceptionnelle, surtout lors des affrontements contre les boss, très réussis pour la plupart. Grandioses et explosifs, ces combats représentent un véritable déchaînement de fureur en plus de constituer un challenge intéressant. Les effets sont saisissants, le rythme est endiablé et malgré cela JAMAIS UN SEUL ralentissement pour saboter ce festival. D’une fluidité exemplaire, les combats n’en sont que plus savoureux. Il est seulement regrettable qu’ils soient légèrement gâchés par une caméra qui fait des siennes, surtout lors des combats rapprochés, et par un système de lock qui n’est absolument pas au point. 
Malgré ses imperfections, le système de combat est un mélange malin entre les différents gameplay rencontrés dans Final Fantasy XIII (pour le système de choc), Final Fantasy XV et Final Fantasy Type-0. Imparfait mais fun et intéressant. 
 

IV] Final Fantasy VII est mort. Vive Final Fantasy VII Remake ? 

 
Un univers enivrant mais une progression très (trop) linéaire et frustrante, un gameplay parfois terni par des défauts agaçants, Final Fantasy VII Remake excelle en revanche en matière de narration. 
Le scénario, déjà intéressant à l’époque du jeu original, est porté par un casting des plus fabuleux et des ajouts le plus souvent pertinents, réjouissants… et comiques. 
Cloud, Tifa (l’amie d’enfance de Cloud), Barrett, Aerith, Red XIII (qui arrive tardivement dans l’équipe et n’est malheureusement pas jouable dans cette première partie de remake) bénéficient d’une écriture et d’un développement captivants. Leurs personnalités, leurs dialogues, leurs interactions, tout contribue à rendre notre bande de héros irrésistible. 
C’est aussi vrai pour les personnages secondaires comme Jessie, Biggs et Wedge qui n’étaient que de simples figurants sans réelle consistance dans le jeu de base mais deviennent dans ce remake des figures à la fois comiques et tragiques dotées d’une certaine profondeur, émouvantes et attachantes. Au cours des chapitres, vous en apprendrez plus sur leurs caractères, leurs passés et aspirations. Une grande réussite ! 
Quant aux antagonistes, s’ils sont en grande partie soignés (les TURKs, Sephiroth, le président Shinra, Rufus..), d’autres restent assez caricaturaux et manquent de finesse (Scarlet, Palmer…). 
Une fausse note est à déplorer avec l’ajout d’un personnage complètement inutile, n’apportant rien à l’intrigue principale et qui arrive inopinément lors d’une séquence à moto laborieuse et extravagante. Un moment superflu et hors sujet
Enfin, il serait malvenu d’oublier les inénarrables habitants du Wall Market à commencer par Madame M, Andi ou encore Don Cornéo. La rencontre avec ces personnages hauts en couleur donne lieu à des passages ahurissants, aussi drôles qu’improbables et envoient un discours engagé.
C’est là qu’en plus de ses thématiques centrales (hymne au respect de la nature, dérive de la technologie etc) Final Fantasy VII Remake prône un message de tolérance pro LGBT que nous applaudissons. 
Ainsi, l’écriture ne cessera de nous emporter jusqu’au dernier chapitre… qui rabattra toutes les cartes et deviendra, avec sa fin, la plus grande incertitude quant à la suite des événements de FFVII Remake
 
Il nous est impossible d’en dévoiler davantage au risque de spoiler une intrigue que personne n’avait vu venir, pas même les grands connaisseurs du jeu original. Et pour cause : avec cette fin étonnante, le projet Final Fantasy VII Remake pourrait davantage ressembler à un reboot plutôt qu’à un remake fidèle. Un sacrilège pour certains joueurs, une idée excitante pour d’autres. Après un temps de réflexion, nous considérons cette décision risquée assez intéressante. Seulement, dans l’hypothèse où Square Enix s’engagerait réellement vers une modification partielle ou totale de l’histoire du jeu original, il faudra alors retrouver toute la magie d’une épopée fantastique, éviter le remplissage inutile, nous emporter par l’émotion et non nous assommer avec une intrigue faussement complexe et brouillonne. Nous ignorons si les développeurs comptent désormais écrire une histoire totalement nouvelle ou apporter de simples modifications n’affectant pas réellement l’intrigue ni l’issue du scénario de 1997. L’avenir reste finalement très incertain mais quelle que soit la décision prise, nous attendons une histoire à la hauteur, aussi belle et marquante qu’avait su nous offrir Final Fantasy VII sur PS1.
Un défi impossible ? Nous verrons. 
Quoi qu’il en soit, Final Fantasy VII Remake pourrait, à terme, ne plus être un remake mais un Final Fantasy VII alternatif
La suite appartient à Square Enix et le studio a de nombreuses possibilités. 
Nous espérons qu’il ne nous décevra pas. 
 

 

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